Tous les revenus des professions libérales sont imposés en BNC : choisissez structure (EI ou société) et régime (micro-BNC, déclaration contrôlée, société) en fonction de votre chiffre d’affaires et des obligations associées.
Micro-BNC : régime simplifié (livre des recettes, conservation des justificatifs, compte bancaire dédié), abattement forfaitaire de 34 % et franchise de TVA (mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI »); seuils évoqués : 77 700 € d’éligibilité et 36 800 €/39 100 € pour la TVA.
Déclaration contrôlée (régime réel) : comptabilité de trésorerie, livre-journal recettes/dépenses, registre des immobilisations et amortissements, comptes annuels et déclaration fiscale n°2035 ; déduction des charges réelles (loyer, matériel, déplacements, cotisations, formations, honoraires), avec justificatifs et quote‑part pour frais mixtes.
Exercer en société implique une comptabilité d’engagement (enregistrement des créances et dettes), inventaire et comptes annuels complets, déclarations 2065 ou 2031 selon l’imposition, et déclaration TVA selon le régime applicable ; recours fréquent à un expert-comptable.
Organisation quotidienne : séparer les comptes, numériser et conserver les pièces, planifier un suivi régulier, facturer rapidement; s’équiper d’un logiciel adapté ou d’un expert-comptable (ou solution hybride) pour sécuriser la tenue et optimiser la gestion.
Vous lancez votre activité libérale et le mot « comptabilité » vous donne des sueurs froides ? Entre les régimes fiscaux, les déclarations et les livres à tenir, il est facile de se sentir dépassé. Pourtant, une gestion comptable rigoureuse n’est pas seulement une obligation légale ; c’est aussi un outil puissant pour piloter votre activité et optimiser vos revenus. Que vous soyez médecin, avocat, consultant ou architecte, ce guide pratique est conçu pour dédramatiser vos obligations et vous donner les clés pour une gestion sereine et efficace.
Les fondamentaux de la gestion comptable en profession libérale
Avant de plonger dans les détails des régimes fiscaux, il est essentiel de comprendre le cadre général. En France, une profession libérale est une activité exercée en toute indépendance, sous votre propre responsabilité. On distingue deux grandes catégories :
Les professions libérales réglementées : Elles exigent un diplôme spécifique, le respect de règles déontologiques et une inscription à un ordre professionnel (médecins, experts-comptables, avocats, etc.).
Les professions libérales non réglementées : Toutes les autres activités qui ne sont ni commerciales, ni artisanales, ni agricoles (consultant, designer, formateur, etc.).
Quel que soit votre statut, vos revenus sont imposés dans la catégorie des Bénéfices Non Commerciaux (BNC). C’est ce sigle qui rythmera votre vie fiscale. Le choix de votre structure juridique (entreprise individuelle ou société) et votre niveau de recettes annuelles détermineront ensuite l’étendue de vos obligations comptables.
Le régime micro-BNC : la simplicité avant tout
Le régime de la micro-entreprise (ou micro-BNC) est le plus simple. Il est conçu pour les professionnels libéraux qui débutent ou dont le chiffre d’affaires reste modéré.
Pour en bénéficier, vos recettes annuelles hors taxes ne doivent pas dépasser le seuil de 77 700 € pendant deux années consécutives. Si vous créez votre activité, ce seuil est ajusté au prorata de votre temps d’activité la première année.
Quelles sont les obligations comptables en micro-BNC ?
La simplicité est le maître-mot. Vos obligations sont très allégées :
Tenue d’un livre des recettes : Vous devez simplement tenir un registre listant, de manière chronologique, toutes les recettes encaissées au cours de l’année. Ce document doit préciser la date, l’identité du client, la nature de la prestation et le montant perçu.
Pas de comptabilité complète : Vous êtes dispensé d’établir des comptes annuels comme un bilan ou un compte de résultat.
Conservation des justificatifs : Vous devez conserver toutes vos factures de vente et autres pièces justificatives de vos recettes.
Même si vous êtes en micro-entreprise, vous avez l’obligation d’ouvrir un compte bancaire entièrement dédié à votre activité professionnelle. Cela permet de séparer clairement vos transactions personnelles de vos transactions professionnelles, simplifiant ainsi le suivi et les éventuels contrôles.
Fiscalité et TVA du régime micro
Sur le plan fiscal, le régime micro-BNC applique un abattement forfaitaire de 34 % sur votre chiffre d’affaires déclaré. Cela signifie que l’administration fiscale considère que vos charges professionnelles représentent 34 % de vos revenus, sans que vous ayez à les justifier. Vous êtes donc imposé sur 66 % de votre chiffre d’affaires.
Concernant la TVA, vous bénéficiez par défaut de la franchise en base de TVA :
Vous ne facturez pas la TVA à vos clients.
Vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur vos achats professionnels.
Vous devez faire figurer la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » sur vos factures.
Ce régime est applicable tant que votre chiffre d’affaires annuel HT ne dépasse pas 36 800 € (ou 39 100 € si le CA de l’année N-2 était inférieur à 36 800 €).
La déclaration contrôlée : pour une gestion au réel
Ce régime s’applique soit sur option, soit obligatoirement si vous dépassez les seuils du micro-BNC. Il est souvent plus avantageux si vos charges professionnelles réelles dépassent l’abattement forfaitaire de 34 % du régime micro.
La déclaration contrôlée implique une comptabilité plus détaillée, car vous allez déduire vos dépenses pour leur montant réel afin de déterminer votre bénéfice imposable.
Les obligations comptables renforcées
Avec ce régime, votre suivi comptable devient plus exigeant :
La tenue d’une comptabilité de trésorerie : Vous devez enregistrer chronologiquement toutes les recettes encaissées et toutes les dépenses payées au cours de l’année.
Le livre-journal des recettes et dépenses : Ce document retrace tous les mouvements financiers de votre activité.
Le registre des immobilisations et des amortissements : Il est obligatoire et permet de suivre les biens durables que vous achetez pour votre activité (matériel informatique, mobilier, véhicule…). L’amortissement correspond à la perte de valeur de ce bien dans le temps, qui est considérée comme une charge déductible.
Établissement des comptes annuels : À la fin de chaque exercice, vous devez produire un bilan comptable et un compte de résultat.
Déclaration fiscale n°2035 : C’est le formulaire que vous devez remplir pour déclarer votre bénéfice à l’administration fiscale, accompagné de ses annexes.
La liste des charges déductibles courantes
L’un des principaux avantages de la déclaration contrôlée est la possibilité de déduire un large éventail de frais professionnels. Pour être déductible, une dépense doit être engagée dans l’intérêt direct de votre activité et être justifiée par une facture. Voici les plus courantes :
Frais de local professionnel : Loyer, charges locatives, électricité, eau, assurance du local.
Petit matériel et fournitures : Fournitures de bureau, matériel médical, documentation professionnelle.
Frais de repas : Sous certaines conditions, les repas pris seuls ou avec des clients peuvent être déduits.
Frais de déplacement : Utilisation d’un véhicule (via le barème kilométrique ou les frais réels), billets de train, frais de péage et de stationnement.
Primes d’assurance : Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro), assurance du local et du matériel.
Cotisations sociales : Vos cotisations personnelles obligatoires (URSSAF, caisse de retraite…).
Frais de formation : Les formations continues nécessaires à l’exercice de votre profession.
Honoraires : Frais d’expert-comptable, d’avocat, etc.
Pour les dépenses ayant un usage à la fois professionnel et personnel (téléphone, internet, véhicule), seule la quote-part correspondant à l’usage professionnel est déductible. Il est crucial de pouvoir justifier cette répartition en cas de contrôle fiscal.
L’exercice en société : une comptabilité d’engagement
Si vous choisissez d’exercer votre activité libérale via une société (SELARL, SELAS, SCP…), vos obligations comptables se rapprochent de celles des sociétés commerciales. La principale différence réside dans le passage à une comptabilité d’engagement.
Qu’est-ce que la comptabilité d’engagement ?
Contrairement à la comptabilité de trésorerie (basée sur les encaissements et décaissements), la comptabilité d’engagement enregistre les créances (factures émises non encore payées) et les dettes (factures reçues non encore réglées). Les opérations sont donc comptabilisées dès qu’elles sont acquises ou engagées, indépendamment de leur date de paiement.
Les obligations d’une société libérale
La tenue comptable est plus complexe et requiert généralement l’intervention d’un professionnel.
Enregistrement chronologique de toutes les opérations affectant le patrimoine de la société.
Justification de chaque écriture par une pièce comptable (facture, contrat, etc.).
Inventaire annuel pour contrôler la valeur des actifs et passifs.
Établissement des comptes annuels complets : bilan, compte de résultat et une annexe comptable détaillée.
Déclaration de résultats : n°2065 si la société est soumise à l’Impôt sur les Sociétés (IS) ou n°2031 si elle est à l’Impôt sur le Revenu (IR).
Le régime de TVA dépendra également du chiffre d’affaires : régime simplifié d’imposition ou régime réel normal, avec des déclarations de TVA mensuelles ou trimestrielles.
Organiser sa gestion comptable au quotidien
Quelle que soit la complexité de votre régime, une bonne organisation est la clé pour éviter le stress et les erreurs. Mettre en place des routines simples dès le début de votre activité vous fera gagner un temps précieux.
Les bons réflexes à adopter
Séparez vos finances : Ouvrez un compte bancaire dédié à votre activité, même si la loi ne l’exige que pour les micro-entrepreneurs. C’est une règle d’or pour une gestion saine.
Numérisez vos justificatifs : Prenez en photo ou scannez immédiatement chaque facture d’achat ou note de frais. Des applications permettent de les stocker de manière sécurisée et d’extraire les informations clés.
Planifiez un suivi régulier : Consacrez un moment chaque semaine ou chaque mois pour mettre à jour votre livre de recettes/dépenses. N’attendez pas la fin de l’année pour tout traiter.
Facturez rapidement : Émettez vos factures dès la fin d’une prestation pour maintenir une trésorerie saine et faciliter le suivi.
S’équiper des bons outils : logiciel ou expert-comptable ?
La gestion manuelle sur des tableurs Excel peut vite montrer ses limites et être source d’erreurs. Aujourd’hui, deux solutions principales s’offrent à vous pour professionnaliser votre suivi comptable.
Le logiciel de comptabilité en ligne est une excellente option pour automatiser une grande partie du processus. Connecté à votre compte bancaire, il peut catégoriser automatiquement vos dépenses, générer votre livre-journal et même vous aider à préparer vos déclarations. C’est un gain de temps considérable qui vous donne une vision en temps réel de votre activité.
Faire appel à un expert-comptable reste la solution la plus sécurisante. Au-delà de la simple tenue des comptes, il devient un véritable partenaire. Il valide vos comptes, s’assure de leur conformité, gère l’ensemble de vos déclarations fiscales et sociales, et vous apporte un conseil précieux pour optimiser votre fiscalité et piloter votre développement.
Les cabinets d’expertise comptable en ligne modernes combinent la puissance d’un outil digital performant avec l’accompagnement d’un conseiller dédié. Vous bénéficiez d’une plateforme en ligne pour suivre votre activité au jour le jour, tout en ayant la garantie qu’un expert valide vos comptes et optimise votre situation. Cette approche vous offre autonomie, visibilité et sécurité, le tout pour un budget maîtrisé.
Le choix dépend de votre aisance avec les chiffres, du temps que vous souhaitez y consacrer et de la complexité de votre situation. Pour beaucoup, déléguer cette tâche permet de se concentrer pleinement sur son cœur de métier et de développer son activité en toute sérénité.
Finalement, la comptabilité ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une boussole. Qu’elle soit simple en micro-BNC ou plus complète en société, elle vous fournit les informations indispensables pour prendre les bonnes décisions. En adoptant les bons outils et en vous faisant accompagner si nécessaire, vous transformerez cette obligation en un atout stratégique pour la pérennité de votre activité libérale.
FAQ :
Quelle est la différence entre comptabilité de trésorerie et d'engagement ?
La comptabilité de trésorerie, utilisée principalement en BNC (déclaration contrôlée), enregistre les flux financiers au moment où ils se produisent : on note une recette quand l’argent est encaissé et une dépense quand il est décaissé. La comptabilité d’engagement, obligatoire pour la plupart des sociétés, enregistre les droits et obligations dès leur naissance : une vente est comptabilisée dès l’émission de la facture (créance), et un achat dès la réception de la facture du fournisseur (dette), peu importe la date de paiement.
Puis-je changer de régime fiscal en cours de route ?
Oui, il est possible de changer de régime. Vous pouvez opter pour la déclaration contrôlée même si vous êtes éligible au micro-BNC. Cette option doit être exercée avant la date limite de dépôt de la déclaration de revenus de l’année concernée. Passer du régime réel au micro-BNC est également possible si vous remplissez de nouveau les conditions de chiffre d’affaires. Un changement de régime doit être mûrement réfléchi, car il engage pour une certaine durée.
Un expert-comptable est-il obligatoire pour une profession libérale ?
Non, il n’y a aucune obligation légale de faire appel à un expert-comptable, quel que soit votre régime (micro-BNC, déclaration contrôlée ou même société). Cependant, son intervention est très fortement recommandée dès que vous passez à la déclaration contrôlée ou en société, en raison de la complexité des obligations comptables et fiscales. Son rôle de conseil et de sécurisation est un investissement qui vous fait gagner du temps et de la tranquillité d’esprit.




