Icone du topbar La création d’entreprise est offerte chez Keobiz ! La création d’entreprise est offerte chez Keobiz ! J’en profite
Expert-comptable en ligne / Fiches pratiques / Fiches pratiques : Création d’entreprise / Salariat déguisé et marchandage: éviter les ris... /
GUIDE COMPLET 5 min de lecture

Salariat déguisé et marchandage: éviter les risques jurid…

Être accompagné →

Votre collaboration avec ce freelance est un succès. Il est compétent, réactif, et s’intègre parfaitement à vos projets. Mais à force de l’inclure dans les réunions d’équipe, de lui fixer des plages horaires et de lui fournir un ordinateur, ne franchissez-vous pas une ligne rouge sans le savoir ? La frontière entre une prestation de services saine et une relation de travail requalifiable est souvent plus fine qu’on ne l’imagine, exposant votre entreprise à des risques juridiques et financiers majeurs.

Ce qu’il faut retenir

  • Le salariat déguisé se produit lorsqu’un prestataire officiellement indépendant exécute sa mission sous l’autorité du donneur d’ordre et est privé des droits salariés (congés, protection sociale, chômage).
  • Le critère décisif est le lien de subordination apprécié au regard d’un faisceau d’indices : pouvoir de direction (ordres), de contrôle (supervision/reporting) et de sanction.
  • Prêt de main-d’œuvre illicite et délit de marchandage diffèrent : le prêt est l’activité exclusive de mise à disposition à but lucratif, tandis que le marchandage ajoute le préjudice au travailleur ou l’intention d’éluder la loi.
  • Les conséquences sont lourdes : requalification en CDI, rappels de salaires et cotisations URSSAF avec majorations, et sanctions pénales (jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende), ainsi que la responsabilité du dirigeant.

Qu’est-ce que le salariat déguisé ?

On parle souvent de salariat déguisé, mais la réalité est simple : il s’agit d’une situation où un travailleur, officiellement indépendant (auto-entrepreneur, freelance en société), exécute sa mission dans des conditions qui le placent en réalité sous l’autorité d’un donneur d’ordre. Derrière l’étiquette de “prestataire”, se cache un quasi-salarié privé de ses droits fondamentaux garantis par le Code du travail : congés payés, protection sociale, assurance chômage, indemnités maladie.

La création d’une entreprise, ça ne s’improvise pas : on s’en parle ?

Prendre un rendez-vous

Comment être certain que vos contrats avec des indépendants sont bien cadrés ?

Ce qu’il faut retenir :

  • Salariat déguisé : Un freelance travaille dans des conditions de subordination similaires à un salarié (ordres, contrôle, sanctions), mais sans en avoir les droits (protection sociale, congés payés).
  • Délit de marchandage : Il s’agit d’une opération de prêt de main-d’œuvre à but lucratif qui cause un préjudice au travailleur (inégalité de traitement, contournement du droit du travail).
  • Le critère clé : Le lien de subordination est l’élément central que les juges examinent pour requalifier une prestation en contrat de travail.
  • Prévention : La meilleure défense est un contrat de prestation clair et des pratiques quotidiennes qui respectent l’autonomie réelle du prestataire.

Cette pratique, souvent motivée par une volonté de réduire les coûts et la complexité administrative, est illégale. L’élément déterminant pour la justice n’est pas le nom du contrat qui vous lie, mais la réalité des faits. Si un lien de subordination permanent est prouvé, la relation peut être requalifiée en contrat de travail.

Ce lien est défini par la jurisprudence autour de trois piliers :

  1. Le pouvoir de direction : le client donne des ordres et des directives précises sur la manière d’exécuter le travail.
  2. Le pouvoir de contrôle : le client supervise l’exécution de la mission, par exemple via des reportings contraignants ou une validation systématique des tâches.
  3. Le pouvoir de sanction : le client peut sanctionner les manquements du prestataire.

Délit de marchandage et prêt de main-d’œuvre illicite : des notions proches mais distinctes

Le salariat déguisé est souvent confondu avec deux autres infractions : le prêt de main-d’œuvre illicite et le délit de marchandage. Bien que proches, leurs définitions juridiques diffèrent. On fait le point pour y voir plus clair.

Le prêt de main-d’œuvre illicite : fournir du personnel, et rien d’autre

Selon le Code du travail, toute opération à but lucratif dont l’objet exclusif est le prêt de main-d’œuvre est interdite. Cette infraction est constituée si trois critères sont réunis :

  • Un salarié est mis à la disposition d’une entreprise cliente.
  • L’entreprise prêteuse ne fournit aucune autre prestation, aucun savoir-faire spécifique. Son activité se résume à “louer” du personnel.
  • L’opération est réalisée dans un but lucratif.

Certaines structures font exception et sont légalement autorisées à prêter de la main-d’œuvre, comme les entreprises de travail temporaire (intérim), les entreprises de portage salarial ou les agences de mannequins. En dehors de ces cas, la pratique est illégale.

Le délit de marchandage : quand le préjudice s’en mêle

Le délit de marchandage va plus loin. Il est défini comme une fourniture de main-d’œuvre à but lucratif qui a pour conséquence :

  • Soit de causer un préjudice au salarié concerné (par exemple, une rémunération inférieure à celle d’un salarié de l’entreprise cliente à poste équivalent, la perte d’avantages sociaux…).
  • Soit d’éluder l’application de la loi ou d’une convention collective.

Contrairement au simple prêt de main-d’œuvre illicite, le délit de marchandage inclut une notion de préjudice et d’intention de contourner les règles. Les deux infractions sont souvent jugées ensemble, le prêt de main-d’œuvre illicite pouvant constituer un élément du délit de marchandage.

La nuance clé à retenir

Le prêt de main-d’œuvre est illicite dès lors qu’il s’agit d’une simple mise à disposition de personnel à but lucratif. Le délit de marchandage est caractérisé lorsque cette mise à disposition cause en plus un tort direct au travailleur ou vise à contourner les protections légales.


Les indices qui ne trompent pas : comment identifier une situation à risque ?

La frontière est parfois floue, et de nombreuses entreprises basculent dans l’illégalité sans en avoir conscience. La justice s’appuie sur un “faisceau d’indices” pour évaluer la nature réelle de la relation. Aucun indice pris isolément n’est suffisant, mais leur accumulation peut prouver l’existence d’un lien de subordination.

Voici une checklist pour évaluer vos collaborations :

  • Organisation du travail :
    • Le client impose-t-il des horaires de travail fixes ou des jours de présence ?
    • Le lieu de travail est-il imposé dans les locaux du client, sans justification technique ?
    • Le freelance doit-il demander une autorisation pour prendre des congés ?
  • Moyens et outils :
    • Le prestataire utilise-t-il exclusivement le matériel fourni par le client (ordinateur, téléphone) ?
    • Possède-t-il une adresse e-mail professionnelle au nom de l’entreprise cliente ?
    • Dispose-t-il de cartes de visite au nom de l’entreprise ?
  • Contrôle et reporting :
    • Le client exige-t-il des comptes-rendus réguliers et détaillés sur l’avancement des tâches, et non sur le résultat de la mission ?
    • Le client peut-il sanctionner le freelance en cas de non-respect de ses directives ?
  • Intégration à l’entreprise :
    • Le freelance apparaît-il dans l’organigramme de l’entreprise ?
    • Participe-t-il aux réunions d’équipe internes qui ne concernent pas directement sa mission ?
    • Est-il soumis aux mêmes règles internes que les salariés (règlement intérieur, notes de service) ?
  • Dépendance économique :
    • Le freelance a-t-il un seul et unique client ?
    • Le client impose-t-il une clause d’exclusivité, de fait ou contractuelle ?
    • Les tarifs sont-ils fixés unilatéralement par le client sans marge de négociation ?

[image alt=”Checklist d’évaluation des risques de salariat déguisé avec des icônes pour chaque catégorie : organisation, outils, contrôle, intégration et dépendance économique.”]

Attention au faisceau d’indices

La requalification ne dépend pas d’un seul critère. Un freelance peut travailler dans les locaux de son client pendant une longue durée si la mission l’exige, sans que cela constitue un salariat déguisé. C’est la combinaison de plusieurs de ces éléments qui crée le risque juridique.


Quels sont les risques et les sanctions ?

Ignorer ces signaux d’alerte expose l’entreprise et le dirigeant à des conséquences sévères. C’est une crainte légitime, car les sanctions peuvent mettre en péril la santé financière de l’entreprise.

Pour l’entreprise donneuse d’ordre

Les sanctions peuvent être lourdes et se cumuler :

  1. Requalification en contrat de travail : Le conseil de prud’hommes peut requalifier la prestation en Contrat à Durée Indéterminée (CDI). Cette décision entraîne une cascade d’obligations financières.
  2. Rappels de salaires et d’indemnités : L’entreprise devra verser rétroactivement tous les éléments de rémunération auxquels un salarié aurait eu droit :
    • Salaires correspondant au minimum conventionnel ou légal.
    • Indemnités de congés payés.
    • Heures supplémentaires.
    • Primes (13ème mois, participation, intéressement…).
    • En cas de rupture de la relation, des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
  3. Régularisation des cotisations sociales : L’URSSAF exigera le paiement rétroactif de l’ensemble des cotisations sociales (salariales et patronales) sur les sommes versées, majorées de pénalités de retard. Le redressement peut porter sur les trois dernières années.
  4. Sanctions pénales : Le délit de marchandage et le prêt de main-d’œuvre illicite sont des infractions pénales. Elles engagent directement la responsabilité pénale du chef d’entreprise et sont punies de peines pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende (peines doublées en cas de récidive et plus lourdes pour les personnes morales).

Pour le travailleur indépendant

Si être victime de salariat déguisé place le freelance dans une situation de grande précarité (pas de chômage en fin de mission, pas de congés payés), il peut également agir en justice. La requalification lui permet de récupérer les droits dont il a été privé. Cette démarche peut être longue et complexe, mais elle vise à rétablir une situation juridique et financière équitable.


Comment sécuriser vos collaborations et éviter les dérives ?

Piloter ses relations avec les prestataires, c’est comme piloter sa trésorerie : cela demande de l’anticipation et de la rigueur. Il ne s’agit pas de se méfier, mais de cadrer sainement la collaboration pour protéger toutes les parties.

Le contrat de prestation : votre première ligne de défense

Un contrat bien rédigé est essentiel. Il doit refléter la nature commerciale de la relation et non un lien de subordination. Voici les clauses à vérifier :

  • Objet de la mission : Décrivez précisément la prestation attendue, l’objectif à atteindre, les livrables, et non les tâches à exécuter au jour le jour.
  • Absence de lien de subordination : Précisez explicitement que le prestataire organise son travail en toute autonomie, sans contrôle de ses horaires ni de ses méthodes.
  • Prix et modalités de paiement : Définissez un prix forfaitaire ou journalier pour la prestation. Le paiement doit être lié à l’émission d’une facture, jamais à un versement mensuel fixe assimilable à un salaire.
  • Moyens : Indiquez que le freelance utilise son propre matériel et ses propres outils.
  • Absence d’exclusivité : Le contrat ne doit pas interdire au prestataire de travailler pour d’autres clients.

Les bonnes pratiques au quotidien

Le contrat ne suffit pas. Les faits doivent être en accord avec ce qui est écrit.

  • Respectez l’autonomie : Ne donnez pas d’ordres, mais des objectifs. Laissez le freelance libre de ses horaires et de son lieu de travail (sauf contrainte technique liée à la mission).
  • Communiquez comme avec un partenaire : Évitez d’intégrer le prestataire aux boucles de mails internes ou aux réunions qui ne le concernent pas directement. Utilisez des adresses e-mail distinctes.
  • Gérez la facturation rigoureusement : Exigez des factures en bonne et due forme pour chaque paiement. Ne versez jamais de “salaire” ou d’avance non justifiée.
  • Évitez l’exclusivité de fait : Encouragez, ou du moins ne freinez pas, votre prestataire à diversifier sa clientèle. Une dépendance économique trop forte est un signal d’alarme.

Envisager des alternatives structurées

Pour des missions longues ou très intégrées, des solutions légales existent pour sécuriser la relation. Le portage salarial, par exemple, permet à un indépendant de bénéficier du statut de salarié (et de sa protection sociale) tout en conservant son autonomie commerciale. L’entreprise cliente signe un contrat de prestation avec la société de portage, ce qui élimine tout risque de requalification.

Un doute persiste ? C’est le signal pour consulter.

Si vous n’êtes pas certain de la nature de vos contrats, n’attendez pas un contrôle URSSAF. Un expert-comptable peut analyser vos contrats et vos pratiques pour identifier les zones de risque. Chez Keobiz, nos conseillers vous aident à structurer vos relations professionnelles pour sécuriser votre croissance et vous permettre de vous concentrer sur votre cœur de métier.

Sécuriser ses collaborations avec des freelances n’est pas une contrainte, mais une preuve de professionnalisme. En définissant clairement le cadre de chaque mission et en respectant l’indépendance de vos partenaires, vous construisez des relations durables et saines, tout en protégeant votre entreprise des risques juridiques. C’est un investissement indispensable pour une croissance sereine.


FAQ

Marre de l’administratif avant même d’avoir commencé ?

Laissez nos experts Keobiz structurer votre démarrage pendant que vous peaufinez votre produit. Nous gérons la complexité pour vous.

Créer mon entreprise gratuitement Créer mon entreprise

Quelle est la différence concrète entre un freelance autonome et une situation de salariat déguisé ?

La différence fondamentale réside dans le lien de subordination. Un freelance autonome est un chef d’entreprise qui a une obligation de résultat : il s’engage à livrer un produit ou un service défini dans un contrat. Il est libre d’organiser son temps, de choisir ses méthodes et ses outils pour y parvenir. À l’inverse, dans une situation de salariat déguisé, le prestataire est soumis à une obligation de moyens contrôlée par le client : il doit suivre des directives précises, respecter des horaires, utiliser le matériel fourni et rendre des comptes sur la manière dont il travaille, comme le ferait un salarié. C’est la réalité de l’exécution de la mission, et non l’intitulé du contrat, qui détermine la nature de la relation.

Hugues Husson De Sampigny
Hugues Husson De Sampigny Expert-comptable depuis plus de 20 ans et président de Keobiz Finance

Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.