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GUIDE COMPLET 5 min de lecture

Votre trésorerie sous contrôle : chiffrage, stocks et Business Plan

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Vous avez le concept, l’emplacement, les idées fusent. Et puis vient le moment d’ouvrir une feuille de calcul. La page blanche, les colonnes, les formules… C’est souvent là que le doute s’installe. “Est-ce que ça va passer ?”. Cette étape de chiffrage n’est pas faite pour vous angoisser, mais pour sécuriser votre projet. Nous allons transformer cette montagne de chiffres en un plan d’action clair. Pensez-y comme la notice de montage de votre future rentabilité. Nous vous guidons, pas à pas.

Passer de l’idée aux chiffres est l’étape qui fait le plus peur. C’est normal, c’est là que le projet devient réel et que les risques apparaissent. Cet article est construit comme un plan en 3 temps : nous allons d’abord chiffrer toutes vos dépenses, puis apprendre à maîtriser votre stock, et enfin assembler le tout dans un business plan qui vous servira de boussole au quotidien.

Dans les étapes précédentes de ce guide, nous avons vu ensemble comment faire les bons choix. D’abord, dans l’étape 1, vous avez défini votre concept et validé votre projet. Ensuite, l’étape 2 vous a permis de trouver votre local commercial, le cœur de votre future activité. Maintenant, nous mettons des chiffres sur tout ça.

Ce qu’il faut retenir

  • Votre business plan n’est pas un devoir pour la banque, c’est le tableau de bord de votre trésorerie.
  • Distinguez bien les investissements de départ (à financer) des charges mensuelles (à couvrir avec vos ventes).
  • Votre stock, c’est de l’argent immobilisé : le sous-estimer est risqué, le surestimer peut être fatal.
  • Anticiper votre Besoin en Fonds de Roulement (BFR) est vital pour ne pas déposer le bilan la première année.

Le chiffrage : Lister toutes vos dépenses sans rien oublier

C’est le moment où le rêve se confronte au relevé de compte. L’objectif n’est pas de vous faire peur, mais de sécuriser votre lancement. Pour réussir le chiffrage de votre projet de commerce, listez absolument toutes les dépenses, des plus évidentes aux plus petites. Une seule règle : mieux vaut prévoir un peu trop large que de vous retrouver à court de trésorerie trois mois après l’ouverture.

Discutons de votre projet et transformons ensemble vos estimations en un plan financier solide qui vous permettra de dormir sur vos deux oreilles.

Nous allons diviser cet exercice en deux parties simples pour y voir plus clair : ce que vous payez une seule fois pour démarrer, et ce que vous paierez tous les mois pour fonctionner.

Les investissements de départ : ce que vous payez une seule fois

Ce sont toutes les dépenses à engager AVANT même d’avoir accueilli votre premier client. C’est le ticket d’entrée de votre projet. Anticipez-le précisément, car c’est ce montant que vous devrez financer via votre apport, vos prêts ou d’autres aides.

Voici une checklist pour ne rien oublier :

  • Les frais liés au local : Le fameux “pas-de-porte” ou droit au bail, la caution (souvent plusieurs mois de loyer), les frais d’agence immobilière, et les éventuels frais de notaire.
  • Les travaux et l’aménagement : C’est un poste majeur. De la rénovation du sol à la peinture, en passant par l’installation électrique. Pensez aussi à la façade et à la vitrine. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre guide sur comment calculer le coût de son agencement.
  • Le matériel et l’équipement : La caisse enregistreuse, le terminal de paiement électronique (TPE), l’ordinateur de gestion, les logiciels, les portants, les étagères, le comptoir, le mobilier de décoration, l’éclairage… La liste peut vite s’allonger.
  • Les frais administratifs : Les coûts liés à la création de votre société (frais de greffe, annonce légale…), l’achat de licences spécifiques si votre activité le requiert (licence IV pour un bar, par exemple).
  • Le stock de départ : Nous allons y consacrer une section entière juste après, mais il fait bien partie des investissements. C’est souvent le plus gros poste de dépense.

Les charges récurrentes : ce qui tombera tous les mois

La machine est lancée, les portes sont ouvertes. Maintenant, il faut la faire tourner. Les charges récurrentes, ou charges d’exploitation, sont les dépenses qui reviennent chaque mois ou chaque année. Ce sont elles que votre chiffre d’affaires devra couvrir pour que vous puissiez vous payer et être rentable.

On distingue deux types de charges :

  1. Les charges fixes : Elles ne varient pas (ou peu) en fonction de votre volume de ventes. Que vous vendiez beaucoup ou pas du tout, vous devrez les payer.
    • Le loyer de votre local commercial.
    • Les salaires et les charges sociales de vos employés (et les vôtres !).
    • Les assurances (responsabilité civile professionnelle, multirisque…).
    • Les abonnements : téléphone, internet, logiciel de caisse, système d’alarme…
    • Les honoraires de votre expert-comptable.
    • Les remboursements de vos emprunts.
    • L’énergie (électricité, gaz, eau).
  2. Les charges variables : Elles sont directement liées à votre activité. Plus vous vendez, plus elles augmentent.
    • L’achat de marchandises pour réapprovisionner votre stock.
    • Les frais de livraison et de transport.
    • Les commissions sur les paiements par carte bancaire.
    • Les frais d’emballage (sacs, boîtes…).
    • Votre budget communication et marketing (publicités locales, flyers…).

Conseil pratique de partenaire : Provisionnez systématiquement la TVA. C’est une erreur classique de la considérer comme du chiffre d’affaires. Cet argent ne vous appartient pas, vous le collectez pour l’État. Mettez-le de côté sur un compte séparé pour ne pas avoir de mauvaise surprise au moment de la déclaration.


Le stock : L’argent qui dort dans votre boutique

Pour un commerçant, le stock est à la fois votre plus grande force et votre plus grand risque. Chaque produit sur vos étagères représente de l’argent immobilisé. Votre stock, c’est du cash. S’il ne bouge pas, votre trésorerie non plus. La clé est donc de trouver le juste équilibre : assez de produits pour satisfaire les clients, mais pas trop pour ne pas bloquer votre argent inutilement. L’objectif est de maîtriser et d’optimiser ce poste crucial.

Évaluer et financer son stock de départ

C’est souvent la ligne la plus intimidante de votre plan de financement. La tentation est grande de vouloir “voir large” pour proposer un maximum de choix dès l’ouverture. Nous vous comprenons. Mais chaque euro immobilisé ici est un euro qui ne travaille pas ailleurs (pour la communication, pour un coup dur de trésorerie…).

Alors, comment faire un premier calcul de son stock de départ ? Une méthode simple consiste à vous baser sur votre prévisionnel de ventes. Estimez le coût d’achat des marchandises que vous pensez vendre sur les 2 à 3 premiers mois. Cela vous donne un ordre de grandeur réaliste. N’oubliez pas de négocier les conditions de paiement avec vos fournisseurs. Un paiement à 30 ou 60 jours peut vous donner une bouffée d’air frais au démarrage.

Pour savoir comment chiffrer précisément ce poste et explorer les différentes options pour le payer, consultez le guide complet pour évaluer et financer son stock de départ.

Le Besoin en Fonds de Roulement (BFR) : votre matelas de sécurité

Voici un terme qui peut sembler technique, mais qui recouvre une réalité très simple de votre quotidien de commerçant. Le Besoin en Fonds de Roulement (BFR), c’est l’argent dont vous avez besoin en permanence pour financer le décalage entre vos dépenses et vos recettes.

Un exemple très concret :

  • Vous achetez une collection de vêtements à un fournisseur et vous le payez sous 30 jours.
  • En moyenne, il vous faut 60 jours pour vendre l’intégralité de cette collection à vos clients.

Pendant 30 jours (la différence entre 60 et 30), vous avez payé votre fournisseur, mais vous n’avez pas encore récupéré l’argent de vos clients. Vous devez donc avoir assez de trésorerie pour “avancer” cet argent. C’est ça, votre BFR.

Anticiper ce besoin est absolument fondamental. Nous avons un article entier sur ce sujet, car c’est la cause n°1 des fermetures la première année. Ne pas prévoir ce matelas de sécurité, c’est prendre le risque de ne pas pouvoir payer vos fournisseurs ou votre loyer, même si votre boutique est pleine de clients. Pour tout comprendre, lisez notre guide : Comprendre le BFR en commerce : une question de survie.


Le Business Plan : Votre feuille de route chiffrée

Maintenant que vous avez toutes les briques (investissements, charges, stock, BFR), assemblez-les. Le business plan de votre boutique n’est pas une simple formalité pour la banque. C’est votre GPS financier. C’est l’outil qui vous permettra de piloter votre activité au jour le jour, de prendre les bonnes décisions et d’anticiper les coups durs. C’est ce document qui va valider la viabilité de votre projet et convaincre vos partenaires financiers.

Estimer son chiffre d’affaires prévisionnel : l’étape délicate

Nous en arrivons à la partie la plus subjective, celle qui peut faire peur. Rassurez-vous, on ne vous demande pas de sortir une boule de cristal. L’idée est de construire une hypothèse logique et défendable.

Une méthode simple et reconnue pour un commerce physique repose sur trois facteurs : Chiffre d’Affaires = Trafic de clients potentiels x Taux de transformation x Panier moyen

  • Trafic : Combien de personnes passent devant votre boutique chaque jour ? Essayez de compter sur plusieurs jours à différentes heures.
  • Taux de transformation : Sur 100 personnes qui entrent, combien achètent ? Pour un commerce de proximité, ce taux peut varier de 10 % à 40 % selon le secteur. Soyez prudent pour commencer.
  • Panier moyen : Quel est le montant moyen d’un ticket de caisse ? Basez-vous sur les prix de vos produits phares.

En multipliant ces trois chiffres, vous obtenez une estimation journalière, que vous pouvez ensuite projeter au mois puis à l’année, en tenant compte de la saisonnalité (Noël, soldes, vacances…). Pour une approche plus détaillée, voici un guide sur comment estimer son chiffre d’affaires prévisionnel sans se tromper.

Fixer ses prix de vente pour être rentable

Pour que votre chiffre d’affaires couvre vos charges, chaque vente doit générer une marge suffisante. La marge commerciale est la différence entre votre prix de vente Hors Taxes (HT) et votre coût d’achat HT.

Un outil simple pour fixer vos prix est le coefficient multiplicateur. Il permet de passer du prix d’achat HT au prix de vente Toutes Taxes Comprises (TTC).

Exemple :

  • Vous achetez un produit 10 € HT.
  • Vous visez un coefficient de 2,5.
  • Prix de vente HT = 10 € x 2,5 = 25 €.
  • Prix de vente TTC (avec une TVA à 20 %) = 25 € x 1,20 = 30 €.

Votre marge commerciale sur ce produit est de 15 € (25 € – 10 €). Le choix de ce coefficient dépend de votre secteur, de vos charges et de la concurrence. Pour approfondir ce calcul essentiel, rendez-vous sur notre article : Calculer ses prix de vente : le guide de la marge commerciale.

Assembler le tout dans votre prévisionnel financier

Le prévisionnel financier est le cœur de votre business plan. Il se compose de trois tableaux principaux qui se parlent entre eux. Ne vous laissez pas impressionner par les noms ; chacun répond à une question très simple.

  1. Le plan de financement : Il répond à la question “De combien j’ai besoin au départ et d’où vient l’argent ?”. À gauche, vous listez tous vos besoins (investissements, stock de départ, BFR). À droite, vous listez toutes vos ressources (votre apport personnel, les prêts bancaires, les aides…). Les deux colonnes doivent être égales.
  2. Le compte de résultat prévisionnel : Il répond à la question “Est-ce que mon commerce va gagner de l’argent sur 1, 2 et 3 ans ?”. Il fait la différence entre vos produits (le chiffre d’affaires) et vos charges (achats, loyer, salaires…). Si le résultat est positif, vous faites un bénéfice. S’il est négatif, une perte.
  3. Le plan de trésorerie : Il répond à la question la plus importante pour vous : “Mois par mois, est-ce que j’aurai assez d’argent sur le compte en banque pour payer toutes les factures ?”. C’est un tableau qui suit les encaissements et les décaissements réels, mois par mois. Il prend en compte la TVA et les délais de paiement.

Le plan de trésorerie est votre outil le plus précieux. Il vous alerte si un mois s’annonce difficile. Le remplir correctement, sans rien oublier, demande de la rigueur. Une erreur de calcul et tout le plan est faussé. Pour une vue d’ensemble et des modèles, consultez le guide pas à pas pour construire le business plan de votre boutique.

Un prévisionnel financier bien construit est la meilleure assurance pour votre projet. C’est notre cœur de métier. Faites valider votre prévisionnel par un expert qui connaît les ratios de votre secteur.

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Conclusion

Le chiffrage sécurise votre projet, la gestion du stock protège votre trésorerie, et le business plan pilote le tout. Vous l’aurez compris, cette troisième étape est le passage obligé pour transformer une bonne idée en une entreprise rentable. Ce n’est pas un document figé que l’on fait une fois pour la banque ; c’est un outil vivant, une boussole que vous devrez consulter et ajuster régulièrement une fois votre commerce lancé.

Vous avez maintenant toutes les clés pour construire une feuille de route financière solide. C’est une étape dense, mais elle vous fera dormir sur vos deux oreilles une fois votre commerce lancé.

Maintenant que votre plan est solide, passez aux étapes suivantes : trouver les financements (Etape 4) et choisir la structure juridique adaptée (Etape 5).

Et pour une vision globale, vous pouvez toujours revenir au guide complet pour lancer son commerce de proximité.

Mettre en place ces outils financiers demande du temps et de l’expertise. C’est une charge mentale dont vous pouvez vous libérer. Lancez-vous avec un copilote financier à vos côtés.

Hugues Husson De Sampigny
Hugues Husson De Sampigny Expert-comptable depuis plus de 20 ans et président de Keobiz Finance

Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.