Les actes de soins à la personne dispensés par des professionnels de santé réglementés (consultations, téléconsultations, fournitures directement liées au soin) sont exonérés de TVA ; la vente de biens ou prestations à des non‑patients relève en revanche d’une activité taxable.
Sont soumises à la TVA (taux normal généralement 20 %) les expertises pour assurances/tribunaux, la médecine esthétique non thérapeutique, le conseil/consulting, les formations rémunérées, la location de locaux ou matériel et la vente de produits non directement nécessaires au soin.
La franchise en base de TVA s’applique si le chiffre d’affaires des activités imposables reste ≤ 36 800 € (tolérance jusqu’à 39 100 €) : vous ne facturez pas la TVA mais ne la récupérez pas ; vous pouvez toutefois opter volontairement pour l’assujettissement pour déduire la TVA sur investissements.
Une fois redevable, vos factures doivent indiquer le numéro de TVA intracommunautaire, le taux et le montant de TVA ; vous devez déclarer et verser la TVA selon le régime réel simplifié ou normal (déclarations CA12/CA3 selon seuils et montants dus).
En cas d’activités mixtes, tenez une comptabilité distincte et calculez un prorata de déduction pour usage mixte (ex. ordinateur partagé) ; le risque de redressement et pénalités en cas d’oubli de facturer est réel — l’accompagnement par un expert‑comptable est fortement recommandé.
En tant que médecin libéral, vous pensez probablement que la TVA ne vous concerne pas. Et pour l’essentiel de votre activité, c’est vrai. Les soins que vous prodiguez chaque jour sont, par principe, exonérés de cette taxe. Mais que se passe-t-il lorsque vous réalisez des expertises pour une assurance, donnez des formations ou même louez une partie de votre cabinet ? La diversification de la pratique médicale moderne ouvre la porte à des situations où la Taxe sur la Valeur Ajoutée devient une réalité comptable et fiscale à ne pas ignorer.
Comprendre la frontière entre les actes exonérés et les activités soumises à la TVA est essentiel pour sécuriser votre exercice, éviter les redressements et optimiser votre gestion. Naviguons ensemble dans les règles qui encadrent la fiscalité de votre profession.
Besoin d'aide dans votre compta ?
Votre métier mérite 100% de votre énergie. Confiez-nous vos chiffres et libérez enfin votre esprit.
Découvrez nos tarifs
Le principe : une exonération pour les actes de soins
Le cadre général est clairement défini par la législation, notamment l’article 261 du Code général des impôts (CGI). Le principe fondamental est que les prestations de soins à la personne sont exonérées de TVA. Cette exonération vise à ne pas alourdir le coût de l’accès à la santé pour les patients.
Cette règle s’applique à tous les actes qui concourent directement au diagnostic, à la prévention ou au traitement des maladies humaines. Pour être éligibles, ces soins doivent être dispensés par des professionnels de santé réglementés, dont :
- Les médecins, qu’ils soient généralistes ou spécialistes.
- Les chirurgiens-dentistes et les sages-femmes.
- Les membres des professions paramédicales réglementées (infirmiers, kinésithérapeutes, podologues, orthoptistes, etc.).
- Les psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes remplissant certaines conditions de diplôme.
- Les ostéopathes et chiropracteurs autorisés à faire usage de leur titre.
L’exonération ne se limite pas à la consultation ou à l’acte technique. Elle s’étend également aux fournitures de biens qui en sont le prolongement direct et nécessaire.
Par exemple, la vente de semelles orthopédiques par un podologue à son patient ou la pose d’implants dentaires par un dentiste sont considérées comme faisant partie intégrante du soin et sont donc exonérées. En revanche, la vente de ces mêmes produits à des personnes qui ne sont pas vos patients serait une activité commerciale taxable.
Les exceptions : quelles activités de médecin sont soumises à la TVA ?
C’est là que la vigilance est de mise. De nombreuses activités, bien que réalisées par un médecin et en lien avec ses compétences, sortent du cadre strict du “soin à la personne”. Elles sont alors considérées comme des prestations de services commerciales ou libérales classiques et doivent être assujetties à la TVA.
Les actes sans finalité thérapeutique directe
La distinction principale repose sur l’objectif de l’acte. Si l’acte ne vise pas à soigner ou diagnostiquer un état pathologique, il devient imposable.
- Les expertises médicales : Lorsqu’un médecin réalise une expertise pour le compte d’une compagnie d’assurance, d’un tribunal ou d’une mutuelle afin d’évaluer un préjudice corporel, cette prestation n’est pas un acte de soin. Il s’agit d’une prestation de conseil technique, soumise à la TVA au taux normal de 20 %. Cela inclut aussi les contre-visites de salariés en arrêt de travail demandées par un employeur.
- La médecine et chirurgie esthétique non remboursée : Les actes de médecine ou de chirurgie purement esthétiques, non pris en charge par la Sécurité sociale, sont imposables. La jurisprudence européenne et française est constante sur ce point : si l’intervention n’a pas de but thérapeutique (par exemple, réparer une séquelle d’accident ou une malformation), elle est considérée comme une prestation de confort.
Le critère thérapeutique : la clé de l’exonération La Cour de Justice de l’Union Européenne a précisé que pour être exonéré, un acte esthétique doit viser à “diagnostiquer, soigner ou guérir des maladies ou des anomalies de santé ou à protéger, maintenir ou rétablir la santé des personnes”. Une chirurgie réparatrice suite à une obésité morbide peut donc être exonérée, tandis qu’une injection de comblement à visée purement cosmétique sera taxée. La charge de la preuve de la finalité thérapeutique incombe au praticien en cas de contrôle.
Les activités de conseil, formation et autres prestations intellectuelles
Le médecin met de plus en plus souvent son expertise au service d’autres acteurs que ses patients.
- Conseil et consulting : Intervenir comme consultant pour l’industrie pharmaceutique, une agence de communication santé ou une start-up de la med-tech est une activité de conseil taxable.
- Formation : Animer des formations, des conférences ou des colloques pour des confrères, des étudiants ou des entreprises est une prestation de services soumise à la TVA.
- Rédaction et publications : La rédaction d’articles pour des revues scientifiques ou grand public, si elle est rémunérée, est également une activité imposable.
Les revenus annexes et la gestion du cabinet
La gestion de votre lieu d’exercice peut aussi générer des revenus taxables.
- Location de locaux ou de matériel : Si vous sous-louez une partie de votre cabinet à un autre professionnel (confrère, paramédical) ou que vous louez du matériel médical, les loyers perçus sont soumis à la TVA.
- La “propharmacie” : La vente de médicaments ou de produits parapharmaceutiques qui ne sont pas le prolongement direct de vos soins est une activité commerciale imposable.
- La collaboration libérale : Les redevances de collaboration versées par un collaborateur à un titulaire de cabinet sont, par principe, soumises à la TVA. Des subtilités existent, notamment concernant la notion d’activité prépondérante, mais la prudence est de mise.
Exercer à la fois des activités exonérées (soins) et des activités taxables (expertises, formation) vous place en situation d’assujetti partiel. Cela implique une comptabilité rigoureuse pour séparer les deux types de revenus et calculer précisément vos droits à déduction de TVA sur vos frais professionnels. L’accompagnement par un expert-comptable est alors fortement recommandé pour sécuriser votre situation.
Comment gérer la TVA au quotidien ? Seuils, facturation et régimes
Si vous réalisez des activités soumises à cet impôt, plusieurs mécanismes entrent en jeu. Il est crucial de les maîtriser pour rester en conformité. En tant que professionnel de santé libéral, une bonne gestion est la clé de la sérénité.
La franchise en base de TVA : rester sous les seuils
Pour simplifier la gestion des petites activités annexes, il existe un régime de “franchise en base de TVA”.
Vous pouvez bénéficier de cette franchise si le chiffre d’affaires de vos activités imposables de l’année précédente ne dépasse pas 36 800 €. Un seuil majoré de 39 100 € est toléré, mais son dépassement rend immédiatement redevable de la TVA. (Ces seuils sont valables pour 2023-2025 et sont susceptibles d’évoluer).
Conséquences de la franchise :
- Vous ne facturez pas de TVA à vos clients sur vos prestations imposables.
- Vos factures doivent comporter la mention “TVA non applicable, art. 293 B du CGI”. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur la mention de TVA non applicable.
- En contrepartie, vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur les dépenses liées à cette activité (matériel informatique, frais de déplacement pour une expertise, etc.).
Dépasser le seuil : obligations et opportunités
Dès que votre chiffre d’affaires taxable dépasse le seuil de 39 100 €, vous devenez redevable de la TVA. Cela signifie que :
- Vous devez facturer la TVA (généralement 20 %) sur toutes vos prestations imposables.
- Vous devez effectuer des déclarations de TVA périodiques (mensuelles ou trimestrielles).
- Vous ouvrez le droit de récupérer la TVA payée sur vos frais professionnels liés à cette activité.
Même sous les seuils de la franchise, vous pouvez choisir d’opter pour le paiement de la TVA. Cet arbitrage peut être judicieux si vous prévoyez des investissements importants pour votre activité taxable (achat d’un équipement coûteux pour des formations, aménagement d’un bureau pour vos expertises). Opter vous permettra de déduire la TVA sur ces achats, ce qui peut représenter une économie substantielle. Une simulation est nécessaire pour valider la pertinence de ce choix.
Facturation et régimes de déclaration
Une fois assujetti, vos factures pour les activités concernées doivent impérativement mentionner :
- Votre numéro de TVA intracommunautaire.
- Le taux de TVA applicable.
- Le montant de la TVA collectée.
Deux principaux régimes de déclaration existent :
- Le régime réel simplifié : Il permet de ne faire qu’une seule déclaration annuelle (formulaire CA12) et de payer des acomptes semestriels. Il est accessible si votre TVA due annuellement est inférieure à 15 000 €.
- Le régime réel normal : Il impose des déclarations mensuelles (ou trimestrielles si la TVA due est inférieure à 4 000 € par an) via le formulaire CA3. C’est le régime par défaut si vous dépassez les seuils du simplifié.
Le choix du régime et la rigueur déclarative sont des points techniques où l’erreur peut coûter cher. Chez Keobiz, nous gérons l’ensemble de ces formalités pour les professionnels de santé, assurant une parfaite conformité et une optimisation de leur TVA déductible.
La fiscalité du médecin libéral, si elle reste simple pour une pratique exclusivement centrée sur le soin, se complexifie avec la diversification des activités. Ignorer la TVA sur des prestations comme les expertises, le conseil ou la formation expose à des risques de rappels d’impôts et de pénalités. Une comptabilité bien structurée, distinguant clairement les revenus exonérés des revenus taxables, est le premier pas vers une gestion sereine. Anticiper le dépassement des seuils de franchise et choisir le bon régime fiscal sont des décisions stratégiques qui méritent l’avis d’un expert.
FAQ :
La téléconsultation est-elle soumise à la TVA ?
Non. La téléconsultation est considérée comme un acte de soin à la personne, au même titre qu’une consultation physique. Qu’elle soit réalisée via une plateforme ou directement, elle bénéficie de l’exonération de TVA, car sa finalité reste le diagnostic ou le suivi thérapeutique d’un patient.
Que se passe-t-il si j'oublie de facturer la TVA sur une activité imposable ?
En cas de contrôle fiscal, l’administration peut procéder à un redressement. Elle calculera la TVA que vous auriez dû collecter sur les prestations imposables (souvent sur les trois dernières années) et vous demandera de la verser. À ce montant s’ajouteront des pénalités de retard et potentiellement des majorations pour manquement délibéré si la mauvaise foi est suspectée. Il est donc crucial d’être proactif et de régulariser sa situation dès que l’on prend conscience d’une erreur.
Puis-je récupérer la TVA sur tous mes achats professionnels ?
Non, la récupération de la TVA n’est possible que sur les dépenses directement et exclusivement liées à votre activité taxable. Si un bien ou un service est utilisé à la fois pour votre activité exonérée (soins) et votre activité taxable (expertises), un coefficient de déduction (prorata) doit être calculé pour déterminer la part de TVA que vous pouvez récupérer. Par exemple, pour un ordinateur utilisé à 70 % pour la gestion des dossiers patients et à 30 % pour rédiger des rapports d’expertise, vous ne pourrez récupérer que 30 % de la TVA payée sur son achat.



