Guichet Unique : IR ou IS, quel régime fiscal choisir pour votre projet ?
Être accompagné →Le formulaire du Guichet Unique est ouvert dans un onglet. Vous avez validé le nom, l’adresse, l’activité… et vous voilà face à la section “Options fiscales”. Le menu déroulant propose “Impôt sur les sociétés” ou “Impôt sur le revenu”. Le curseur de la souris hésite. Vous sentez que ce clic n’est pas anodin, qu’il va conditionner votre rémunération et votre trésorerie pour les mois à venir.
C’est le genre de choix qui paralyse, parce qu’on a l’impression de jouer l’avenir de sa boîte sur un clic. Pas de panique. On vous donne le framework pour faire ce choix sans boule de cristal, en 5 questions claires.
Ce qu’il faut retenir
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L’Impôt sur le Revenu (IR) est simple et direct : le bénéfice de l’entreprise est votre revenu personnel, taxé à votre barème.
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L’Impôt sur les Sociétés (IS) est stratégique pour la croissance : il permet de réinvestir les bénéfices en profitant d’un taux réduit.
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Votre choix impacte directement vos cotisations sociales, notamment si vous envisagez de vous verser des dividendes en plus d’une rémunération.
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L’EURL est à l’IR par défaut, la SASU à l’IS. Dans les deux cas, une option est possible pour basculer, un choix à simuler.
La boîte à outils du créateur d’entreprise
IR vs IS : le match en 2 minutes chrono (pour votre portefeuille)
Vous avez probablement déjà lu des définitions. Oublions la théorie et concentrons-nous sur l’impact direct. Pour arbitrer, il faut d’abord comparer le mécanisme de chaque option.
Faites le point avec un expert Keobiz
Prendre un rendez-vous| À l’Impôt sur le Revenu (IR) | À l’Impôt sur les Sociétés (IS) | |
|---|---|---|
| Qui paie l’impôt ? | Vous. La société est “transparente fiscalement”. | La société. Elle a sa propre personnalité fiscale. |
| Sur quelle base ? | La totalité du bénéfice imposable de l’entreprise. | Le bénéfice imposable de l’entreprise. |
| Quel taux ? | Votre barème progressif personnel (de 0% à 45%). | Taux réduit de 15% (jusqu’à 42 500 € de bénéfice) puis taux normal de 25%. |
| Et votre impôt perso ? | Le bénéfice de la société EST votre revenu, donc vous payez l’IR dessus. | Vous payez l’IR uniquement sur ce que vous vous versez (rémunération, dividendes). |
En résumé : à l’IR, tout le profit remonte chez vous. À l’IS, vous décidez ce qui remonte chez vous et ce qui reste dans la société. C’est cette distinction qui va guider votre décision.
Les 5 questions clés pour choisir votre camp
Ce choix fiscal va directement impacter votre trésorerie dès le premier mois. Voyons comment. Pour vous décider, on vous propose de passer votre projet au crible de 5 questions stratégiques. Prêt à vous projeter ?
1. Quel niveau de rémunération visez-vous à court terme ?
Vous avez besoin de visibilité sur ce que vous allez pouvoir vous verser chaque mois. C’est le premier critère, le plus concret.
L’arbitrage est assez simple :
- Vous visez une rémunération nette mensuelle confortable (disons, plus de 5 000 € / mois) ? L’IS devient souvent plus intéressant. Le bénéfice de votre société sera taxé à 15% ou 25%, tandis que si ce même bénéfice était soumis à votre barème progressif personnel, il atteindrait vite les tranches à 30%, 41% voire 45%. L’IS permet de “casser” cette progressivité.
- Vous avez besoin de sortir la majorité du bénéfice pour vivre les premiers temps ? La simplicité de l’IR est un atout. Pas de calculs complexes : le bénéfice est votre revenu. Si votre bénéfice est modéré, il sera imposé dans les tranches basses de votre barème personnel, ce qui peut être avantageux.
En ordre de grandeur, si votre bénéfice imposable (avant votre rémunération) dépasse les 60 000 – 70 000 €, une simulation à l’IS s’impose pour optimiser la pression fiscale.
2. Comptez-vous réinvestir les bénéfices pour booster votre croissance ?
Votre objectif n’est pas de tout sortir, mais de financer le décollage de votre activité. C’est peut-être l’avantage numéro 1 de l’IS.
À l’IS, vous pouvez laisser de l’argent dans l’entreprise après impôt. Et cet impôt est maîtrisé : le taux réduit d’IS à 15% s’applique sur les premiers 42 500 € de bénéfice. Concrètement, sur 42 500 € de profit, la société paie 6 375 € d’impôt. Il lui reste 36 125 € en trésorerie pour acheter du matériel, financer de la publicité, ou constituer un matelas de sécurité.
À l’IR, c’est impossible. La totalité des 42 500 € de bénéfice est ajoutée à vos revenus personnels et taxée à votre barème. Il ne reste rien “dans la société” pour investir.
3. Quelle est votre tolérance à la complexité administrative ?
Vous voulez passer votre temps sur votre cœur de métier, pas à remplir des déclarations. Soyons francs, les deux options ne demandent pas le même effort.
- À l’IR, la simplicité règne. Le bénéfice de votre société est reporté directement sur votre déclaration de revenus personnelle (formulaire 2042-C-PRO). Une seule déclaration, un seul interlocuteur fiscal.
- À l’IS, le formalisme est plus lourd. Vous devez tenir une comptabilité plus rigoureuse, produire un bilan et une liasse fiscale chaque année (déclaration 2065), et si vous vous versez des dividendes, vous devrez tenir une assemblée générale et rédiger un procès-verbal.
4. Comment voulez-vous piloter vos cotisations sociales ?
La question “salaire ou dividendes” vous trotte déjà dans la tête. Le régime fiscal est directement lié au régime social.
- En EURL à l’IR, c’est simple : la totalité de votre bénéfice est soumise aux cotisations sociales des travailleurs indépendants. Que vous preniez l’argent ou non.
- En EURL à l’IS, c’est différent. Seule la rémunération que vous vous versez est soumise à cotisations. Le reste du bénéfice (distribué en dividendes ou mis en réserve) y échappe en partie. Attention cependant, car en EURL, les dividendes sont aussi lourdement taxés par les charges sociales au-delà d’un certain seuil.
- En SASU à l’IS, la distinction est encore plus nette : la rémunération du président est soumise aux cotisations du régime général (“assimilé-salarié”), et les dividendes ne sont soumis qu’aux prélèvements sociaux (17,2%), pas aux cotisations sociales.
5. Votre situation familiale a-t-elle un impact ?
C’est un point souvent oublié. L’IR est sensible à votre situation personnelle, l’IS est totalement insensible.
- À l’IR, votre impôt dépend de votre quotient familial. Si vous êtes marié(e) ou pacsé(e) avec un conjoint sans revenus, ou si vous avez des enfants à charge, vos parts fiscales augmentent. Cela réduit l’impact du barème progressif et peut rendre l’IR très attractif, même avec un bénéfice conséquent.
- À l’IS, votre situation familiale n’a aucun impact sur l’impôt payé par la société. L’IS est de 15% ou 25%, que vous soyez célibataire ou parent de quatre enfants.
Le crash-test : simulation pour un freelance dans le digital
Pour que ce soit plus clair, simulons. Prenons Alex, développeur freelance, qui se lance en EURL. Il vise 80 000 € de chiffre d’affaires la première année, avec 15 000 € de charges (logiciels, sous-traitance, etc.). Son bénéfice avant rémunération et impôts est donc de 65 000 €. Il est célibataire et sans enfant.
Scénario 1 : Alex choisit l’EURL à l’IR
- Bénéfice imposable = 65 000 €. C’est son revenu.
- Après abattement de 10%, son revenu net imposable est de 58 500 €.
- Son impôt sur le revenu personnel sera d’environ 10 800 €.
- Ses cotisations sociales seront calculées sur les 65 000 €.
- À la fin, il ne reste rien dans la société.
Scénario 2 : Alex opte pour l’EURL à l’IS Alex décide de se verser une rémunération de 45 000 € net par an.
- Côté société :
- Bénéfice avant IS : 65 000 € (CA – charges) – 45 000 € (sa rémunération) = 20 000 €.
- Impôt sur les sociétés (IS) : 20 000 € x 15% (taux réduit) = 3 000 €.
- Il reste dans la société : 20 000 € – 3 000 € = 17 000 € de trésorerie disponible pour investir.
- Côté personnel :
- Revenu imposable : 45 000 €.
- Après abattement de 10%, son revenu net est de 40 500 €.
- Son impôt sur le revenu personnel sera d’environ 5 500 €.
- Bilan :
- Impôt total (IS + IR) : 3 000 € + 5 500 € = 8 500 €.
- Alex a payé moins d’impôt au global et a surtout conservé 17 000 € dans sa société pour son développement.
Le résultat est sans appel : pour Alex, l’IS permet de piloter plus finement sa fiscalité et de financer sa croissance. Mais chaque situation est unique. C’est en posant les chiffres de votre projet que vous pourrez valider la meilleure option et, par exemple, déclarer et récupérer la TVA sur ses achats professionnels efficacement.
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Le choix par statut : les options par défaut (et comment les changer)
Pour finir, un rapide tour d’horizon des options qui s’offrent à vous selon la structure juridique que vous envisagez de lancer.
- EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) : Le régime par défaut est l’IR. Vous pouvez opter pour l’IS lors de la création ou plus tard. Attention, ce choix est ensuite irrévocable. C’est un choix structurant quand vous décidez de créer une EURL.
- SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) : Le régime par défaut est l’IS. Vous pouvez opter pour l’IR pour une durée maximale de 5 exercices. C’est une option souvent utilisée au démarrage si on anticipe des pertes, pour les imputer sur son revenu personnel.
- EI (Entreprise Individuelle) : Le régime par défaut est l’IR. Depuis 2022, vous pouvez opter pour l’assimilation à une EURL et donc de choisir l’IS. Cela a profondément changé la donne pour les indépendants.
Chaque structure a ses subtilités. La fiscalité de l’EURL est un sujet à part entière, tout comme la question de savoir comment fonctionne le régime de la micro-entreprise à l’intérieur d’une EURL.
Alors, IR ou IS ? Vous l’avez compris, il n’y a pas de réponse toute faite. La simplicité de l’IR séduit au démarrage, tandis que la puissance de l’IS pour piloter sa rémunération et sa croissance en fait l’option privilégiée de nombreux entrepreneurs.
Le bon régime fiscal n’est pas une vérité absolue, c’est celui qui sert votre projet aujourd’hui, et qui anticipe votre croissance de demain. C’est le premier vrai choix stratégique de votre vie d’entrepreneur. La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas à le faire seul.
Vos ressources complémentaires sur ce sujet :
Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.