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Gérant d’EURL : comment vous rémunérer sans sacrifier votre stratégie ?

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Vous avez bouclé votre business plan, validé le statut EURL. Bravo. Maintenant, la question qui fâche : “combien je me paie ?”. Vous ouvrez un simulateur en ligne, et une avalanche d’acronymes vous saute au visage : TNS, SSI, IR, IS, dividendes… Soudain, le projet redevient abstrait. C’est normal. Cette étape dépasse le cadre administratif : c’est le premier vrai choix stratégique pour votre portefeuille. On va déminer le terrain ensemble, simplement.

Ce qu’il faut retenir

  • Par défaut, en tant que gérant associé unique d’EURL, votre statut social est celui de Travailleur Non Salarié (TNS).
  • Votre choix clé se situe dans l’arbitrage entre une rémunération régulière (qui crée des droits sociaux) et des dividendes (qui optimisent la fiscalité).
  • L’option pour l’Impôt sur les Sociétés (IS) est le prérequis indispensable pour pouvoir piloter cet arbitrage entre rémunération et dividendes.
  • Même sans vous verser de rémunération la première année, des cotisations sociales minimales sont dues pour maintenir une couverture de base.

Votre statut par défaut : gérant associé unique, donc TNS

Le sigle TNS fait souvent un peu peur. On l’associe à une forme de précarité, à une protection sociale au rabais. Clarifions les choses.

Discutons de votre stratégie de rémunération

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Dans une EURL, si vous êtes à la fois l’associé unique et le gérant, votre statut social est automatiquement celui de Travailleur Non Salarié (TNS). C’est un fait, pas un choix. Mais qu’est-ce que ça change pour vous ?

Concrètement, cela signifie que vous n’êtes pas rattaché au régime général de la Sécurité Sociale comme un salarié, mais à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI). Ce statut n’est pas moins bon, c’est un régime avec des règles de fonctionnement différentes.

L’idée reçue d’une protection inférieure est tenace, mais largement fausse. En tant que TNS, vous cotisez et vous êtes couvert pour :

  • La santé : vos remboursements de frais médicaux sont identiques à ceux des salariés.
  • La retraite : vous validez des trimestres pour votre retraite de base et complémentaire.
  • Les indemnités journalières : en cas d’arrêt maladie, vous percevez une compensation (après un délai de carence).
  • La prévoyance : vous êtes couvert en cas d’invalidité ou de décès.

La différence majeure ne réside pas dans le niveau de protection, mais dans le montant et le calcul des cotisations. On va y venir. Pour l’instant, retenez cette idée : être TNS, c’est être protégé. Pour aller plus loin et démystifier le sujet, vous pouvez comprendre le fonctionnement de la Sécurité Sociale des Indépendants.


Rémunération ou dividendes : le grand arbitrage à piloter

Voici le cœur de votre stratégie. Votre rémunération n’est pas un simple salaire que vous vous versez. C’est votre premier outil pour piloter la santé financière de votre entreprise et votre propre sécurité. En EURL à l’Impôt sur les Sociétés (IS), vous avez deux leviers principaux pour sortir de l’argent : la rémunération et les dividendes.

Ne choisissez pas l’un OU l’autre, mais trouvez le bon dosage entre les deux.

Option 1 : La rémunération, pour la régularité et la protection

C’est la voie la plus directe pour toucher les fruits de votre travail.

Comment ça marche ? Vous décidez du montant de votre rémunération de gérant. Cette décision peut être inscrite directement dans les statuts de votre EURL ou, plus souplement, actée via une décision de l’associé unique. Vous pouvez ensuite vous la verser au rythme qui vous convient : mensuel, trimestriel, ou même ponctuel.

Les “pour” :

  • Création de droits sociaux : Chaque euro de rémunération est soumis à cotisations sociales. C’est ce qui alimente votre protection (retraite, santé, prévoyance).
  • Visibilité et régularité : Vous pouvez compter sur un revenu fixe chaque mois, ce qui simplifie la gestion de votre budget personnel.
  • Charge déductible : Votre rémunération (et les charges sociales associées) est déduite du résultat de votre entreprise avant le calcul de l’Impôt sur les Sociétés. Elle diminue donc l’impôt de votre EURL.

Les “contre” :

  • Le taux de cotisations sociales : C’est le principal frein. Comptez environ 45% de cotisations sur votre rémunération nette. Pour 1000 € net dans votre poche, votre entreprise doit débourser environ 1450 €.

Une question se pose souvent : Comment se verser cette rémunération concrètement ? La réponse est simple : par un simple virement. En tant que TNS, vous n’avez pas de fiche de paie au sens strict du terme.

Option 2 : Les dividendes, pour optimiser la fiscalité (sous conditions)

Les dividendes représentent une part du bénéfice net de votre entreprise que vous décidez de vous distribuer. C’est une approche différente, axée sur l’optimisation fiscale.

Comment ça marche ? Le versement de dividendes n’est possible qu’une seule fois par an, après la clôture de votre exercice comptable et l’approbation de vos comptes. Condition sine qua non : votre EURL doit avoir réalisé un bénéfice et être soumise à l’Impôt sur les Sociétés (IS).

Les “pour” :

  • Fiscalité potentiellement plus douce : Les dividendes sont soumis par défaut au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), ou “flat tax”, de 30%. Ce taux unique comprend l’impôt sur le revenu (12,8%) et les prélèvements sociaux (17,2%).
  • Moins de cotisations sociales : La part des dividendes inférieure à 10% de votre capital social (+ comptes courants d’associé) n’est soumise qu’aux prélèvements sociaux (17,2%), pas aux cotisations sociales de 45%. Attention, la part qui dépasse ce seuil est, elle, soumise aux cotisations sociales.

Les “contre” :

  • Aucun droit social : C’est le point crucial. Les dividendes ne vous ouvrent absolument aucun droit social. Pas de trimestre de retraite validé, pas de points pour la complémentaire, rien.
  • Timing : Vous ne pouvez les toucher qu’une fois par an, plusieurs mois après la fin de l’exercice. Difficile de vivre dessus au quotidien.

Le combo gagnant : arbitrer entre les deux

Vous l’avez compris, aucune option n’est parfaite. La rémunération coûte cher en charges mais vous protège. Les dividendes sont fiscalement attractifs mais ne construisent rien pour votre avenir social.

La stratégie la plus saine et la plus courante consiste à mixer les deux. C’est ça, le vrai pilotage. L’idée est de :

  1. Se verser une rémunération de gérance “suffisante” pour couvrir vos besoins personnels, mais surtout pour valider vos 4 trimestres de retraite par an et bénéficier d’une couverture sociale solide.
  2. Compléter avec des dividendes en fin d’année si la trésorerie et les bénéfices de l’entreprise le permettent. C’est votre “bonus” d’optimisation.

Cet arbitrage est au cœur des discussions que nous avons avec les entrepreneurs. Il n’y a pas de réponse unique, seulement une stratégie adaptée à votre situation et à vos objectifs.

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L’impact décisif du régime fiscal (IR ou IS)

Tout ce que l’on vient de dire sur l’arbitrage rémunération/dividendes ne tient que si votre EURL a fait un choix fiscal précis. C’est le chef d’orchestre de votre stratégie de rémunération.

Par défaut, une EURL est soumise à l’Impôt sur le Revenu (IR), mais vous pouvez opter pour l’Impôt sur les Sociétés (IS). Cette décision va totalement changer la manière dont vous êtes payé.

Si vous êtes à l’Impôt sur le Revenu (IR) : La question de l’arbitrage ne se pose tout simplement pas. En EURL à l’IR, l’entreprise est “transparente” fiscalement. Cela signifie que 100% du bénéfice réalisé par l’entreprise est considéré comme votre rémunération personnelle. Que vous ayez effectivement pris l’argent ou que vous l’ayez laissé dans la trésorerie de l’entreprise ne change rien. Vous serez imposé personnellement sur la totalité du bénéfice. La notion de dividende n’existe pas.

Si vous êtes à l’Impôt sur les Sociétés (IS) : C’est ici que tout devient possible. L’entreprise et vous êtes deux entités fiscales distinctes.

  1. L’entreprise réalise un bénéfice.
  2. Elle paie l’Impôt sur les Sociétés sur ce bénéfice (taux réduit de 15% jusqu’à 42 500 €, puis 25%).
  3. Ce qui reste (le bénéfice net) peut être mis en réserve ou distribué sous forme de dividendes.
  4. En parallèle, la rémunération que vous vous versez est une charge pour l’entreprise, qui vient réduire son bénéfice imposable.

L’option pour l’IS est donc le ticket d’entrée pour pouvoir piloter activement votre rémunération et optimiser votre fiscalité globale. Pour creuser ce point fondamental, consultez notre guide sur la fiscalité de l’EURL.


Et la première année, si on ne se paie pas ?

C’est un cas hyper fréquent. On se lance, on commence à facturer, mais on préfère laisser chaque euro dans la trésorerie de l’entreprise pour sécuriser le décollage. C’est une décision de gestion prudente et souvent très sage. Mais attention, 0€ de rémunération ne signifie pas 0€ de cotisations.

Même si vous ne vous versez absolument rien, l’URSSAF vous réclamera des cotisations sociales minimales. Pourquoi ? Pour maintenir une couverture sociale de base.

Ces cotisations minimales couvrent :

  • La prévoyance (indemnités journalières, invalidité-décès).
  • La retraite de base (vous validez 3 trimestres).

Anticipez un montant forfaitaire d’environ 1200 € pour la première année. Cet argent n’est pas perdu : il finance votre protection minimale. C’est une dépense à prévoir dans votre business plan. Vous vous demandez que se passe-t-il exactement avec l’URSSAF dans ce cas ? C’est le début de votre découverte du fonctionnement des cotisations pour les indépendants. En effet, c’est le fameux système des provisions et régularisations qui se met en place.


Simulation : 10 000 € de résultat, combien dans votre poche ?

Pour que tout cela devienne concret, rien de tel qu’une simulation. On va comparer deux scénarios extrêmes pour illustrer l’impact de vos choix.

Le cas de figure : Votre EURL à l’IS a un résultat disponible de 10 000 € avant le versement de votre rémunération et avant l’impôt sur les sociétés.

Scénario 1 : Tout en rémunération

Vous décidez de vous verser l’intégralité des 10 000 € en rémunération de gérance.

  • Rémunération brute pour l’entreprise : 10 000 €
  • Cotisations sociales (environ 45% du net) : ~3 100 €
  • Rémunération nette avant impôt sur le revenu : ~6 900 €
  • Résultat de l’entreprise : 0 € (donc 0 € d’IS)
  • Droits sociaux générés : OUI (retraite, santé, etc.)

Note : Le calcul exact est plus complexe, mais cet ordre de grandeur est parlant.

Scénario 2 : Zéro rémunération, tout en dividendes

Vous ne vous versez aucune rémunération et attendez la fin de l’année pour distribuer le bénéfice.

  • Résultat avant IS : 10 000 €
  • Impôt sur les Sociétés (taux de 15%) : 1 500 €
  • Bénéfice net distribuable : 8 500 €
  • PFU (“flat tax” de 30%) sur les dividendes : 2 550 €
  • Net dans votre poche : 5 950 €
  • Droits sociaux générés : NON

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Maintenant que la rémunération est claire, passons à l’étape 4 : la fiscalité de l’EURL.

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Conclusion de la simulation

À première vue, le net perçu est plus élevé avec la rémunération. Mais surtout, le scénario 1 a généré des droits sociaux précieux pour votre avenir, tandis que le scénario 2 n’en a généré aucun. La décision n’est donc jamais purement financière. Elle dépend de votre vision à long terme et de votre besoin de sécurité. Pour affiner ces chiffres, il faut connaître le montant exact des charges sociales.

Au final, que retenir ? Votre rémunération est un curseur stratégique. Le “bon” montant n’est pas le plus élevé possible, mais celui qui correspond au meilleur équilibre entre votre train de vie, votre besoin de protection sociale et l’optimisation fiscale de votre projet.

Vous avez maintenant les cartes en main pour prendre une décision éclairée. Le bon arbitrage dépend de votre situation et de vos ambitions. C’est précisément le genre de discussion stratégique que nous avons chaque jour avec les entrepreneurs que nous accompagnons.

Hugues Husson De Sampigny
Hugues Husson De Sampigny Expert-comptable depuis plus de 20 ans et président de Keobiz Finance

Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.