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Président de SAS : ne pas se rémunérer au démarrage, bonne ou mauvaise idée ?

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Vous avez probablement déjà passé une soirée à modéliser vos flux de trésorerie sur un tableur. Et la ligne “rémunération dirigeant” est pour l’instant à zéro. C’est un choix stratégique pour booster la croissance initiale de votre SAS. Soyons clairs : la loi vous y autorise totalement. Au-delà de la légalité, le véritable enjeu est de maîtriser les impacts de cette décision. Protection sociale, maintien de l’ARE, préparation du versement de dividendes… Analysons ensemble comment transformer cette absence de salaire en un véritable levier pour votre projet.

Ce qu’il faut retenir

  • Légalité confirmée : Oui, ne pas rémunérer le Président d’une SAS est 100% légal ; c’est même le principe par défaut si rien n’est prévu.
  • Formalisme crucial : Actez cette absence de rémunération via un procès-verbal d’assemblée générale pour sécuriser votre situation, notamment vis-à-vis de Pôle Emploi.
  • Pas de salaire, pas de protection : Sans rémunération, vous n’êtes pas affilié au régime général de la Sécurité sociale et ne validez aucun trimestre de retraite.
  • L’alternative des dividendes : Vous pouvez vous verser des dividendes en fin d’année, mais attention, ils ne génèrent aucun droit social (retraite, santé).

Rémunération du Président de SAS : un principe, pas une obligation

On valide votre réflexe d’entrepreneur : protéger la trésorerie au démarrage est une décision de gestion saine. La bonne nouvelle, c’est que le cadre de la SAS est conçu pour cette agilité.

Le fondement juridique est simple. Votre fonction de Président relève d’un “mandat social”. Le Code de commerce pose le principe que ce mandat peut être exercé à titre gratuit. Autrement dit, la rémunération n’est jamais automatique. Pour qu’elle existe, elle doit être explicitement prévue quelque part. Si aucun document ne mentionne de salaire, le principe par défaut est l’absence de rémunération.

C’est l’un des grands atouts de la SAS : cette flexibilité vous permet d’adapter vos sorties d’argent à la réalité de votre business. On vient donc clarifier ce point : vous avez toute la liberté de ne pas vous verser de salaire en tant que Président de SAS.

Comment acter l’absence de rémunération pour sécuriser votre statut ?

Ne rien faire n’est pas une option. Ne pas formaliser cette absence de rémunération, c’est s’exposer à des requalifications ou à des complications, notamment avec Pôle Emploi. Pour être professionnel et protégé, vous devez acter cette décision.

Deux méthodes s’offrent à vous :

  1. L’inscription dans les statuts (l’option rigide) : Vous pouvez préciser noir sur blanc que les fonctions de Président sont exercées à titre gratuit lors de la rédaction de vos statuts de SAS. C’est simple, mais rigide. Le jour où vous voudrez vous rémunérer, il faudra passer par une modification statutaire, une procédure plus lourde et coûteuse.
  2. La décision en assemblée générale (l’option pro et recommandée) : La meilleure pratique consiste à prévoir dans les statuts que “la rémunération du Président est fixée par une décision collective des associés”. Ensuite, vous tenez une assemblée générale (ou rédigez une décision de l’associé unique si vous êtes en SASU) qui acte l’absence de rémunération pour une durée déterminée (par exemple, “pour le premier exercice social”). Ce procès-verbal (PV) devient le document officiel qui prouve votre statut. C’est souple, sécurisé et facile à faire évoluer. Cette méthode est indispensable pour valider votre décision sur le statut social du dirigeant.

Le vrai coût de la non-rémunération : quelles conséquences concrètes ?

C’est ici que le sujet devient moins simple. Gratuit ne veut pas dire sans impact. Votre décision de ne pas percevoir de salaire a des conséquences directes sur votre protection personnelle. Analysez et anticipez ces points pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

Entre préserver sa trésorerie, maintenir ses droits au chômage et s’assurer une couverture sociale minimale, l’équation peut vite devenir complexe. C’est normal de se sentir un peu perdu face à ces arbitrages.

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Absence de salaire = absence de protection sociale

Le mécanisme est direct. En SAS, le dirigeant qui perçoit une rémunération bénéficie du statut d’assimilé-salarié. Ce statut est conditionné à l’émission d’un bulletin de paie, qui elle-même déclenche le paiement de cotisations sociales à l’URSSAF.

Si vous ne vous rémunérez pas, la chaîne se brise :

  • Pas de rémunération.
  • Donc, pas de bulletin de paie.
  • Donc, pas de cotisations sociales versées.

La conséquence est immédiate : vous n’êtes affilié à aucun régime de protection sociale au titre de votre mandat. Concrètement, cela veut dire :

  • Pas de couverture maladie (sauf si vous bénéficiez de la Protection Universelle Maladie – PUMA – ou êtes couvert par le statut de votre conjoint).
  • Pas d’indemnités journalières en cas d’arrêt maladie ou d’accident.
  • Zéro trimestre de retraite validé au titre de votre activité de dirigeant.

Cette situation est tenable quelques mois, mais elle devient risquée sur le long terme.

L’exception qui change tout : le maintien de l’ARE (Pôle Emploi)

Voici LE cas de figure qui motive 90% des décisions de non-rémunération au démarrage. Si vous avez ouvert des droits au chômage avant de créer votre SAS, ne pas vous verser de salaire est une stratégie très puissante.

Le principe est simple : Pôle Emploi considère que tant que vous ne tirez aucun revenu de votre nouvelle activité, vous pouvez continuer à percevoir 100% de votre Aide au Retour à l’Emploi (ARE). Votre allocation chômage devient en quelque sorte votre “salaire de fondateur” et finance votre quotidien, pendant que chaque euro gagné par l’entreprise est réinvesti dans la croissance.

La condition sine qua non pour que ce montage fonctionne ? Prouver à Pôle Emploi votre absence de rémunération. Et leur document fétiche pour cela est… le fameux procès-verbal d’assemblée générale mentionné plus haut. Ils vous le demanderont systématiquement lors de votre actualisation mensuelle. C’est la clé pour cumuler indemnités chômage et présidence de SAS.

Dividendes : l’alternative pour vous rémunérer sans salaire ?

Absence de salaire ne signifie pas forcément absence totale de revenus issus de votre société. L’autre voie royale en SAS, ce sont les dividendes. Mais attention, le timing et les implications sont radicalement différents.

Les dividendes correspondent à une partie du bénéfice net de l’entreprise (après paiement de l’impôt sur les sociétés) que les associés décident de se distribuer.

Leur versement est soumis à plusieurs conditions :

  1. Attendre la fin du premier exercice : Pas de dividendes sans un premier bilan validé.
  2. Réaliser un bénéfice : Si l’entreprise est en perte, aucune distribution n’est possible.
  3. Prendre une décision en AG : C’est l’assemblée générale d’approbation des comptes qui vote le montant des dividendes à verser.

Le principal attrait des dividendes en SAS est leur fiscalité : ils ne sont pas soumis aux cotisations sociales, mais uniquement aux prélèvements sociaux (17,2%) et à l’impôt sur le revenu. L’inconvénient majeur est le miroir de cet avantage : comme ils ne génèrent pas de cotisations, ils ne vous ouvrent absolument aucun droit social (ni retraite, ni santé). C’est le cœur du match salaire contre dividendes.

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Le moment du décollage : quand et comment commencer à se rémunérer ?

Le projet a pris de la vitesse, la trésorerie est plus stable, les premiers clients réguliers sont là. C’est le signal. La non-rémunération était un booster, il est temps de basculer vers un modèle pérenne. Mais comment planifier ce changement ?

Les déclencheurs sont souvent liés à des événements clés :

  • La fin de vos droits à l’ARE.
  • L’atteinte d’un certain niveau de chiffre d’affaires ou de revenu mensuel récurrent (MRR).
  • Un besoin personnel : obtenir des fiches de paie pour un projet de prêt immobilier, par exemple.
  • La nécessité de commencer à cotiser pour votre retraite.

Une fois la décision prise, la procédure est simple et reprend le chemin inverse de celle du début :

  1. Officialiser : Vous convoquez une assemblée générale (ou rédigez une décision de l’associé unique).
  2. Rédiger le PV : Ce nouveau procès-verbal acte le montant de votre rémunération (brute mensuelle ou annuelle) et sa date de prise d’effet.
  3. Déclencher la paie : Votre expert-comptable peut alors émettre votre première fiche de paie.

Cette étape marque un vrai cap dans la vie de votre entreprise. Vous passez du mode “survie et investissement” au mode “croissance structurée”.

En résumé, il est tout à fait légal de ne pas rémunérer le Président de la SAS au début du projet. C’est un outil de gestion puissant, un véritable levier stratégique, mais il doit être considéré comme temporaire.

Le véritable enjeu est de le piloter consciemment : savoir pourquoi vous l’activez (trésorerie, ARE), comment le sécuriser (le PV d’AG est votre meilleur ami) et surtout, quand l’arrêter pour basculer sur une rémunération qui construira votre protection sociale sur le long terme.

Le choix de se rémunérer ou non est l’une des premières décisions stratégiques que vous prenez. Notre rôle chez Keobiz, c’est de vous donner toutes les cartes pour prendre la bonne décision au bon moment, et l’ajuster quand votre entreprise grandit.

Hugues Husson De Sampigny
Hugues Husson De Sampigny Expert-comptable depuis plus de 20 ans et président de Keobiz Finance

Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.