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GUIDE COMPLET 5 min de lecture

Votre rémunération d’indépendant : comment construire le système qui finance votre vie ?

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Le premier client a payé. Le chiffre d’affaires est bien sur le compte pro de votre SAS. Et maintenant ? La tentation est grande de simplement virer une somme sur son compte perso. Stop. C’est précisément maintenant que se prend l’une des décisions les plus structurantes pour vous, le dirigeant. Salaire ? Dividendes ? Rien du tout pour l’instant ? Chaque option a des conséquences directes sur votre protection sociale et vos impôts. On décortique ensemble pour que vous puissiez piloter ça sereinement et designer le système qui finance votre vie et sécurise votre avenir.

Votre statut par défaut : dirigeant assimilé-salarié

Le mot “assimilé-salarié” sonne compliqué. En réalité, c’est assez simple. Dès l’instant où votre SAS vous verse une rémunération pour votre rôle de président ou de directeur général (votre “mandat social”), vous êtes affilié au Régime général de la sécurité sociale.

C’est une étape clé où l’on choisit les règles du jeu pour votre rémunération et votre protection pour les années à venir. On vous guide pour faire les bons arbitrages, sans jargon, juste du concret. Vous voulez y voir plus clair sur votre situation ? Simuler votre rémunération avec un expert.

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire pour vous ?

Vous bénéficiez d’une protection sociale quasi identique à celle d’un salarié cadre. Cela couvre :

  • L’assurance maladie-maternité : remboursements de soins, indemnités journalières en cas d’arrêt maladie.
  • La retraite de base et complémentaire : chaque euro de salaire cotisé vous permet de valider des trimestres et d’accumuler des points pour votre future pension.
  • Les accidents du travail.

C’est un statut qui permet de sécuriser votre avenir et de vous protéger contre les aléas de la vie. Mais il y a une différence majeure : vous ne cotisez pas à l’assurance chômage. La conséquence est simple : si votre activité s’arrête, vous n’aurez pas droit aux indemnités de Pôle Emploi au titre de ce mandat. Anticipez ce point dès le début, par exemple en souscrivant une assurance privée ou en constituant une épargne de précaution solide.

Ce statut est géré par l’URSSAF, qui collecte les cotisations sociales sur les salaires que vous vous versez. C’est ce qui finance votre protection. Pour comprendre en détail quelles cotisations sociales cela implique, notre fiche pratique vous donne les chiffres clés.


Le grand arbitrage : comment vous verser un revenu ?

Maintenant que le statut est clair, passons à la question à un million d’euros : comment faire passer l’argent du compte pro au compte perso ? Vous avez deux grands leviers à piloter : le salaire et les dividendes. Votre objectif est de trouver le bon équilibre entre les deux pour modéliser la stratégie de rémunération dirigeant SAS la plus pertinente pour vous.

Option 1 : le salaire, pour la sécurité et la régularité

C’est l’option qui rassure. Un revenu fixe chaque mois, des fiches de paie claires qui prouvent vos revenus (utile pour un prêt immobilier, par exemple), et la certitude de valider des trimestres de retraite.

Comment ça marche ? Le salaire que vous vous versez est une charge pour votre entreprise. L’avantage, c’est qu’il est déductible du résultat avant le calcul de l’impôt sur les sociétés (IS). Moins de résultat imposable, c’est moins d’IS à payer pour la boîte. De votre côté, ce salaire est soumis à l’impôt sur le revenu (IR), après un abattement de 10 %.

Le point de vigilance : le coût. La protection sociale a un prix. Pour que vous touchiez 1 000 € nets sur votre compte, votre SAS doit débourser environ 1 800 €. La différence, ce sont les cotisations sociales SAS (salariales et patronales) qui financent justement votre couverture santé et retraite. Ce coût élevé doit être bien intégré dans votre prévisionnel de trésorerie.

Pour chaque salaire versé, une fiche de paie est obligatoire. C’est un document officiel qui détaille le calcul de votre rémunération et des cotisations.

Option 2 : les dividendes, pour optimiser le cash

C’est souvent l’option qui fait briller les yeux des entrepreneurs en quête d’optimisation. C’est un levier puissant, mais vous devez en connaître les règles du jeu pour ne pas vous tromper.

Comment ça marche ? Les dividendes ne sont pas un salaire. C’est une part du bénéfice net de l’entreprise (donc, après paiement de l’impôt sur les sociétés) que les associés décident de se distribuer. La décision est prise une fois par an, lors de l’assemblée générale qui approuve les comptes.

Le point de vigilance : pas de droits sociaux. C’est le revers de la médaille. Les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales classiques. Vous ne validez aucun trimestre de retraite, vous n’améliorez pas votre couverture maladie. C’est un revenu pur, déconnecté de votre protection sociale.

Fiscalement, les dividendes sont soumis par défaut au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), aussi appelé “flat tax“, de 30 %. Ce prélèvement se décompose en :

  • 12,8 % d’impôt sur le revenu.
  • 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG/CRDS), qui ne créent pas de droits sociaux.

Sur option, vous pouvez choisir d’être imposé au barème progressif de l’impôt sur le revenu, mais c’est une décision qui se prend au cas par cas.

Le verdict : alors, on choisit quoi ?

Ne les opposez pas : votre objectif est de trouver le bon mix. Comparer salaire ou dividendes en SAS, c’est avant tout définir vos priorités.

Voici un tableau simple pour y voir clair :

Critère Salaire (pour 1 800 € coût entreprise) Dividendes (pour 1 800 € de bénéfice)
Revenu net dans votre poche ~ 1 000 € (avant IR) ~ 1 260 € (après IS et flat tax de 30%)
Protection sociale générée Oui (Retraite, Santé) Non
Impact sur le résultat de l’entreprise Charge déductible (baisse l’IS) Distribution de bénéfice (après IS)
Flexibilité Mensuel, régulier Annuel, dépendant des résultats

La stratégie gagnante, celle que l’on met en place avec nos clients, est souvent hybride :

  1. Définir un salaire de base : On calcule le montant minimum nécessaire pour valider vos 4 trimestres de retraite par an (environ 6 764 € de salaire brut annuel en 2024). Cela vous assure une couverture sociale socle.
  2. Compléter avec des dividendes : Si la performance de l’entreprise le permet et que les bénéfices sont au rendez-vous, vous vous versez un complément sous forme de dividendes pour optimiser votre revenu net disponible.

C’est une approche qui permet de piloter finement votre statut social de dirigeant de SAS et votre fiscalité. Pour analyser le match salaire contre dividendes avec des chiffres précis, notre guide dédié vous attend.

La stratégie mixte est souvent la meilleure : un salaire de base pour sécuriser les droits sociaux, complété par des dividendes si les résultats le permettent. C’est un calcul fin qui dépend de votre situation personnelle et des performances de votre entreprise.

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Les cas pratiques que vous allez rencontrer

La théorie, c’est bien. Mais la vie d’entrepreneur est faite de situations concrètes. Voici les deux questions qui reviennent le plus souvent au moment de la création de votre SAS.

Peut-on ne pas se payer au début ?

Lancer sa boîte, c’est souvent investir tout son temps et son énergie sans pouvoir se payer les premiers mois, le temps que la trésorerie se constitue. C’est une situation normale et parfaitement comprise.

La réponse est donc un grand oui. L’absence de rémunération du président de SAS est tout à fait légale. Il suffit que cela soit acté, soit dans les statuts de la société, soit par une décision en assemblée générale (un procès-verbal qui stipule que le mandat social est exercé à titre gratuit).

Quelle est la conséquence directe ? Pas de rémunération = pas de bulletin de paie = pas de cotisations sociales versées à l’URSSAF. Vous n’êtes donc pas affilié au Régime général au titre de votre mandat. Vous ne validez pas de trimestres de retraite et vous ne bénéficiez pas de la couverture maladie via votre entreprise. Vous dépendez alors de votre couverture précédente (Pôle Emploi, protection universelle maladie, etc.).

C’est une situation temporaire et stratégique pour préserver le cash de l’entreprise au décollage. Notre fiche pratique explore en détail s’il est légal de ne pas rémunérer le Président et les implications précises.

Discutons de votre stratégie de création

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Et si on touche le chômage (ARE) ?

Vous profitez de vos droits à l’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) pour lancer votre projet ? Excellente idée. C’est un levier puissant pour sécuriser vos revenus personnels pendant la phase de démarrage. Mais attention, vous devez respecter scrupuleusement certaines règles pour ne pas perdre vos allocations.

Le principe est simple : le maintien de vos allocations chômage est possible à 100 % à une condition : ne percevoir AUCUNE rémunération de votre SAS. Ni salaire, ni dividendes.

Pour le justifier auprès de Pôle Emploi, vous devrez déclarer votre situation chaque mois et fournir un justificatif. Le document clé est le procès-verbal d’assemblée générale (PV d’AG) qui atteste de l’absence de rémunération de votre mandat de président. C’est ce document qui prouve que vous n’avez tiré aucun revenu de votre société.

Cette stratégie ARE et création SAS est très courante et parfaitement légale. Elle vous permet de dédier 100 % de la trésorerie de votre entreprise à son développement, tout en sécurisant votre situation personnelle. Pour les cas plus complexes, par exemple si vous êtes plusieurs associés, notre guide sur le fait de cumuler ses indemnités chômage vous apportera des réponses précises.

Vous avez maintenant toutes les cartes en main pour designer le système de rémunération qui vous convient. C’est une décision stratégique qui évoluera avec la croissance de votre SAS. La prochaine étape, la fiscalité de la SAS, consiste à bien comprendre le fonctionnement de l’impôt sur les sociétés et de la TVA.

Mettre en place la bonne stratégie de rémunération dès le départ, c’est s’assurer de la sérénité pour les années à venir. C’est un sujet sur lequel on peut vous faire gagner beaucoup de temps et d’argent.

Hugues Husson De Sampigny
Hugues Husson De Sampigny Expert-comptable depuis plus de 20 ans et président de Keobiz Finance

Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.