SASU : IS ou IR, comment transformer ce choix fiscal en levier stratégique ?
Être accompagné →Vous avez déjà votre feuille de calcul ouverte, n’est-ce pas ? D’un côté, le chiffre d’affaires prévisionnel. De l’autre, les simulations IS vs IR. Vous avez lu que l’IS était la norme, que l’IR pouvait être un coup de boost… mais la décision reste floue. C’est normal. Car la vraie question n’est pas dans les chiffres, mais dans votre stratégie. Oublions un instant les taux. Parlons de votre projet, de votre rémunération et de la façon dont ce choix fiscal va dessiner les premières années de votre SASU.
Ce guide est l’étape 4 de notre parcours complet pour vous aider à lancer votre activité. Nous vous guidons depuis l’idée jusqu’à la gestion quotidienne. Vous sortez de la réflexion sur la rémunération du président de SASU ? Alors vous êtes au bon endroit. Si vous voulez une vue d’ensemble, notre guide complet Je veux créer une SASU est votre camp de base.
Ce qu’il faut retenir
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L’IS (par défaut) : Sépare les finances de la société des vôtres, idéal pour réinvestir les bénéfices et piloter votre rémunération (salaire + dividendes).
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L’IR (sur option) : Intègre les bénéfices à votre revenu personnel pour 5 ans maximum. Un outil tactique si vous prévoyez un déficit au démarrage ou si votre foyer fiscal est peu imposé.
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Le vrai critère de choix : Votre stratégie. Avez-vous besoin de tous les bénéfices tout de suite (penchez vers l’IR) ou voulez-vous capitaliser dans l’entreprise (penchez vers l’IS) ?
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La décision n’est pas totalement définitive : Vous pouvez opter pour l’IR au début puis basculer à l’IS. L’inverse est impossible une fois l’option exercée.
La boîte à outils du créateur d’entreprise
L’Impôt sur les Sociétés (IS) : le choix par défaut pour construire et réinvestir
L’Impôt sur les Sociétés, c’est le régime fiscal standard de la SASU. Le considérer “par défaut” ne veut pas dire qu’il est moins intéressant. Au contraire, c’est le choix du dirigeant qui veut bâtir un patrimoine professionnel distinct du sien. C’est la voie de la capitalisation, celle qui vous permet de sécuriser la croissance de votre entreprise en maîtrisant ce qui reste dans ses caisses. Avec l’IS, vous construisez une véritable entité autonome, capable de financer son propre développement.
Prendre une décision aussi structurante seul peut être anxiogène. Et si nous regardions vos simulations ensemble pour sécuriser votre choix ? Faire une simulation avec un expert
Comment ça marche, concrètement ?
Le principe est simple : votre SASU est une personne morale avec son propre patrimoine. Elle paie donc son propre impôt sur les bénéfices qu’elle réalise. De votre côté, vous êtes imposé personnellement, mais uniquement sur la rémunération (salaire et/ou dividendes) que vous décidez de vous verser. C’est le principe de la séparation.
Cette distinction est fondamentale. Elle vous permet de piloter deux fiscalités de manière indépendante.
Ancrage concret : Prenons un exemple simple pour visualiser.
- Vous réalisez 80 000 € de chiffre d’affaires.
- Vous avez 20 000 € de charges diverses (logiciels, sous-traitance, frais…).
- Vous décidez de vous verser une rémunération de président de 30 000 €.
Le calcul du bénéfice imposable de votre SASU est le suivant : 80 000 € (CA) – 20 000 € (charges) – 30 000 € (votre rémunération) = 30 000 € de bénéfice imposable.
C’est sur ce montant que votre SASU va payer l’Impôt sur les Sociétés. En 2024, le taux est de :
- 15% sur la part des bénéfices allant jusqu’à 42 500 € (taux réduit).
- 25% sur la part des bénéfices au-delà de 42 500 € (taux normal).
Dans notre exemple, votre SASU paiera donc : 30 000 € * 15% = 4 500 € d’IS. Après impôt, il restera 25 500 € dans la trésorerie de votre entreprise, que vous pourrez réinvestir, mettre en réserve, ou vous distribuer plus tard sous forme de dividendes. Pour maîtriser les détails du calcul de l’IS, notre fiche pratique vous explique tout.
L’IS est fait pour vous si…
Vous vous reconnaissez probablement dans l’un de ces scénarios. Vous visez la croissance et vous savez que chaque euro non dépensé aujourd’hui est un euro à réinvestir demain pour aller plus vite.
- Vous prévoyez de laisser une grosse partie des bénéfices dans l’entreprise. C’est le cas typique du freelance qui veut financer l’achat de matériel plus performant, investir dans des formations coûteuses ou simplement se constituer une trésorerie de sécurité pour dormir sur ses deux oreilles. L’IS est parfait pour ça : l’argent reste dans la société et n’est taxé qu’au taux (souvent avantageux) de 15%.
- Vous souhaitez piloter finement votre rémunération. L’IS vous offre une flexibilité totale. Vous pouvez vous fixer un salaire mensuel pour couvrir vos charges personnelles, et décider en fin d’année, en fonction des résultats, de vous verser des dividendes. Ces dividendes bénéficient d’une fiscalité allégée, la “flat tax” (ou PFU) de 30% (impôt + prélèvements sociaux). C’est l’outil par excellence pour maîtriser votre revenu et votre fiscalité personnelle.
- Vous avez d’autres revenus par ailleurs. Si vous êtes encore salarié à temps partiel, ou si votre conjoint a des revenus confortables, vous ne voulez sans doute pas que les bénéfices de votre SASU viennent s’ajouter à ceux de votre foyer et fassent exploser votre tranche d’imposition personnelle. L’IS crée une barrière étanche. Les bénéfices de la société sont taxés dans son coin, et n’impactent pas votre impôt sur le revenu tant que vous ne vous les versez pas.
L’option pour l’Impôt sur le Revenu (IR) : le boost de départ (limité à 5 ans)
L’IR n’est pas le régime naturel de la SASU. C’est une option, un outil tactique que vous pouvez activer au lancement de votre activité pour une durée limitée. Pensez-y comme à un “starter pack” fiscal. C’est un choix qui peut s’avérer audacieux et très payant dans certaines situations précises, mais qui demande de l’anticipation. Vous ne choisissez pas l’IR par hasard ; vous le choisissez pour accélérer ou optimiser une phase de démarrage bien identifiée.
Les règles du jeu de l’option IR
Vous avez peut-être entendu parler de l’IR comme d’une astuce fiscale. C’en est une, mais elle a des règles strictes que vous devez connaître pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Le but est d’éviter que ce coup de pouce ne se transforme en piège.
Voici les conditions pour pouvoir opter pour l’IR en SASU :
- La SASU doit avoir moins de 5 ans au moment de la demande.
- Elle doit exercer une activité commerciale, artisanale, agricole ou libérale.
- Elle ne doit pas être cotée en bourse.
- Elle doit avoir moins de 50 salariés et un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan inférieur à 10 millions d’euros.
- L’associé unique (vous) doit être une personne physique.
La règle la plus importante : l’option est valable pour 5 exercices fiscaux maximum. Vous pouvez y renoncer avant, mais une fois les 5 ans passés, la SASU bascule automatiquement et définitivement à l’IS. Pour explorer en détail les conditions précises de l’option IR, consultez notre guide dédié.
L’IR, un coup de poker gagnant si…
Alors, dans quels cas ce “boost” fiscal est-il vraiment pertinent ? Nous avons identifié trois scénarios où l’option pour l’IR peut vraiment faire la différence pour votre lancement.
- Vous anticipez un déficit la première année. C’est LE cas d’école. Vous savez que vous allez investir massivement au début (matériel, pub, développement) et que vos rentrées d’argent seront faibles. Votre SASU sera donc en perte. Avec l’option IR, ce déficit fiscal n’est pas “perdu”. Il vient s’imputer directement sur les autres revenus de votre foyer fiscal (votre salaire si vous êtes encore à temps partiel, vos allocations chômage, les revenus de votre conjoint…). Résultat : votre impôt sur le revenu personnel diminue. C’est une façon astucieuse de faire financer une partie de vos investissements de départ par une économie d’impôt.
- Votre foyer fiscal est peu ou pas imposé. Si votre Tranche Marginale d’Imposition (TMI) est de 0% ou 11%, il peut être plus avantageux de faire remonter directement les bénéfices de la SASU dans votre revenu personnel. Pourquoi ? Parce que même le taux réduit de l’IS est à 15%. Si votre propre taux d’imposition est inférieur, vous paierez globalement moins d’impôts en choisissant l’IR. C’est un calcul à faire, mais pour des petits bénéfices de départ et un foyer fiscal peu imposé, l’IR est souvent plus doux.
- Vous avez besoin de la totalité des bénéfices à titre personnel, immédiatement. Vous n’avez pas l’intention de capitaliser ou de réinvestir. Votre SASU est un véhicule pour votre activité de freelance, et votre objectif est de maximiser votre revenu disponible tout de suite. L’IR simplifie les choses : le bénéfice de la société est votre revenu. Pas de question à se poser sur le montage salaire/dividendes. C’est direct, mais attention : si les bénéfices sont élevés, l’addition fiscale peut vite grimper.
Le face-à-face : quel régime pour votre stratégie ?
C’est le moment de vérité. Nous avons vu la mécanique de l’IS et les cas d’usage de l’IR. Maintenant, comment arbitrer ? Oubliez la recherche de la “meilleure option” dans l’absolu. La bonne fiscalité est celle qui sert votre projet. Pour faire cet arbitrage éclairé, nous allons nous concentrer sur deux critères qui pèsent vraiment dans la balance : votre prévisionnel et votre stratégie de rémunération.
Le critère n°1 : Votre prévisionnel de bénéfices
C’est le point de départ de toute simulation. Votre ambition chiffrée va orienter radicalement le choix.
- Bénéfices faibles ou déficit anticipé : Si vous prévoyez des pertes la première ou les deux premières années, ou des bénéfices très modestes (disons, moins de 30 000 €), l’IR est à étudier de très, très près. La possibilité d’imputer le déficit sur vos revenus personnels est un avantage considérable.
- Bénéfices importants (> 60 000 €) : Dès que les bénéfices deviennent conséquents, l’IS devient souvent plus protecteur et optimisant. Il vous évite de voir l’intégralité de cette somme basculer dans les tranches hautes de votre impôt sur le revenu (30%, 41%, 45%). L’IS agit comme un bouclier, vous permettant de ne sortir que ce dont vous avez besoin.
Le critère n°2 : Votre stratégie de rémunération
Que voulez-vous faire de l’argent généré ? C’est la question la plus stratégique.
- Besoin de tout, tout de suite : Si votre objectif est de maximiser votre revenu personnel disponible à court terme, l’IR est plus direct. Le bénéfice est le revenu, point final.
- Volonté de mixer salaire et dividendes, et de capitaliser : Si vous avez une vision à plus long terme, que vous voulez vous constituer une trésorerie, réinvestir et optimiser votre fiscalité personnelle, l’IS est le seul outil qui vous le permet. Il vous donne les manettes pour décider chaque année combien vous prenez, et sous quelle forme.
Le tableau récapitulatif pour arbitrer
Pour y voir clair, voici une synthèse des points clés.
| Critère | SASU à l’IS (régime par défaut) | SASU à l’IR (option sur 5 ans) |
|---|---|---|
| Imposition des bénéfices | La société paie l’IS (15% puis 25%). | Le bénéfice est ajouté à votre revenu personnel et soumis à votre TMI. |
| Imposition du dirigeant | Imposé sur le salaire et/ou les dividendes versés. | Imposé sur la totalité du bénéfice, qu’il soit perçu ou non. |
| Gestion du déficit | Le déficit est reportable sur les bénéfices futurs de la société. | Le déficit s’impute sur les autres revenus de votre foyer fiscal. |
| Dividendes possibles ? | Oui, après paiement de l’IS. Fiscalité avantageuse (PFU 30%). | Non, le concept n’existe pas. Le bénéfice est déjà votre revenu. |
| Complexité administrative | Légèrement supérieure (déclaration IS, assemblée pour les dividendes). | Plus simple, tout est géré via votre déclaration de revenus personnelle. |
| Durée | Indéfinie. C’est le régime stable de la SASU. | Limitée à 5 exercices maximum. Bascule automatique à l’IS ensuite. |
Ce tableau vous donne les grandes lignes pour arbitrer. Mais chaque situation est unique : votre TMI, vos autres revenus, vos projets personnels (un achat immobilier ?)… tout entre en jeu.
C’est précisément là qu’un regard extérieur expert fait la différence. Plutôt que de rester seul face à votre tableur, pourquoi ne pas en discuter ? Valider votre choix avec un conseiller Keobiz
Au-delà de l’IS/IR : la TVA et la CFE à anticiper
Le choix de la fiscalité des bénéfices est central, mais un bon pilotage ne s’arrête pas là. Pour vous donner un coup d’avance sur les prochaines échéances et éviter les mauvaises surprises, prévoyez également deux autres impôts dès la création de votre SASU : la TVA et la CFE.
Quelle TVA pour votre SASU ?
Vous pensez peut-être que c’est un sujet pour plus tard. C’est une erreur classique. Anticiper le bon régime de TVA dès le début vous fera gagner un temps précieux et vous évitera des régularisations complexes. Franchise en base (vous ne facturez pas la TVA), réel simplifié, réel normal… Chaque régime a ses seuils de chiffre d’affaires et ses contraintes. Le bon choix dépend de votre activité et de vos clients (particuliers ou professionnels ?). Pour prendre la bonne décision dès le départ, nous vous recommandons de choisir votre régime de TVA en connaissance de cause.
La CFE, cet impôt local souvent oublié
La Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) est un impôt local dû par presque toutes les entreprises, y compris une SASU domiciliée chez vous. Son montant varie selon la commune de domiciliation. La bonne nouvelle ? Vous en êtes totalement exonéré l’année de votre création. Mais pour en bénéficier, il faut remplir une déclaration initiale (formulaire 1447-C-SD) avant le 31 décembre de l’année de création. Mieux vaut comprendre la CFE et son exonération pour bien anticiper cette charge future.
Pour aller plus loin :
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Conclusion
Le choix entre IS et IR pour votre SASU se résume à une seule question : quelle est votre ambition ? L’IS est le marathonien, conçu pour construire sur la durée, capitaliser et vous donner un contrôle total sur votre rémunération. L’IR est le sprinteur, un formidable outil pour booster votre décollage, surtout si vous prévoyez des pertes au début.
Votre choix n’est pas une simple formalité administrative, c’est le reflet de votre stratégie de dirigeant. Il n’y a pas de mauvaise réponse, seulement une réponse inadaptée à votre projet. Le meilleur moyen de ne pas se tromper est de poser les chiffres et d’en parler.
Vous avez les cartes en main. Passons à la suite ? La prochaine étape consiste à passer à l’action : Etape 5 : La préparation (Capital, Statuts et Banque).
Vos ressources complémentaires sur ce sujet :
Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.