ARE ou ARCE : comment transformer votre chômage en carburant pour votre SASU ?
Être accompagné →Le tableur est ouvert, les simulations tournent en boucle. D’un côté, vos droits France Travail, une somme connue, sécurisante. De l’autre, le grand saut de la SASU. La question n’est pas “si” vous pouvez cumuler les deux, vous savez déjà que c’est possible. La vraie question, c’est “comment” les articuler pour transformer cette aide en véritable carburant pour votre lancement. Maintien mensuel (ARE) ou capital de départ (ARCE) ? C’est le premier grand arbitrage de votre vie de président de SASU.
C’est une étape pleine de calculs, et c’est normal. Ce choix va conditionner votre trésorerie personnelle et celle de votre entreprise pour les 18 prochains mois. Dans cet article, on va décortiquer les options pour que vous puissiez faire le choix le plus stratégique pour VOTRE projet de créer une SASU.
Ce qu’il faut retenir
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En SASU, vous pouvez cumuler 100% de vos allocations chômage (ARE) si vous ne vous versez aucune rémunération en tant que président.
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L’ARE vous offre un revenu personnel stable chaque mois, une solution idéale pour les activités de services démarrant sans investissement lourd.
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L’ARCE transforme 60% de vos droits en capital pour votre société, un accélérateur puissant si vous avez des frais au démarrage.
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L’attestation de non-rémunération est le document clé à fournir à France Travail pour justifier le maintien de vos aides chaque mois.
La boîte à outils du créateur d’entreprise
SASU et France Travail : pourquoi c’est le combo gagnant
Vous avez peut-être entendu dire que le chômage et la création d’entreprise sont compatibles, mais le montage en SASU est particulièrement optimisé. Pourquoi ? La réponse tient en trois mots : assimilé-salarié non rémunéré.
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Prendre un rendez-vousLe statut de président de SASU a une particularité : vous êtes assimilé-salarié. Mais tant que vous ne vous versez pas de salaire via une fiche de paie, vous n’avez, aux yeux de l’administration, aucun revenu professionnel. C’est ce point technique qui change tout pour France Travail (ex-Pôle Emploi) et vous permet de sécuriser vos arrières.
Ce n’est pas une “faille” ou une astuce douteuse. C’est un dispositif officiel, prévu par la loi pour encourager la création d’entreprise. L’idée est simple : permettre à un porteur de projet de se concentrer à 100% sur le lancement de son activité sans se soucier de son revenu personnel immédiat. En articulant intelligemment vos droits et votre statut, vous transformez une aide sociale en premier financement pour votre projet. C’est une façon d’optimiser les ressources à votre disposition pour donner un maximum de chances à votre entreprise.
Ce mécanisme est la pierre angulaire de votre stratégie de lancement. Bien comprendre le fonctionnement de la SASU est donc la première étape pour prendre les bonnes décisions financières.
ARE ou ARCE : le choix qui structure votre lancement
C’est LE dilemme. Sécurité mensuelle ou capital de départ ? Il n’y a pas de mauvaise réponse, seulement un choix plus ou moins adapté à votre business model, à votre besoin de trésorerie et à votre tempérament d’entrepreneur.
On ne parle pas juste d’une formalité administrative. On parle du premier choix stratégique qui va directement impacter la vitesse de votre décollage et votre confort personnel pendant la première année. C’est le choix entre maintien des ARE ou versement en capital (ARCE) qui va définir votre feuille de route financière. Analysons les deux scénarios.
Option 1 : Le maintien de l’ARE, le filet de sécurité mensuel
L’Allocation d’aide au Retour à l’Emploi (ARE) est l’option de la continuité. Le principe est simple : vous créez votre SASU, vous vous nommez président, et vous décidez de ne pas vous verser de rémunération.
Comment ça marche ?
Chaque mois, vous vous actualisez auprès de France Travail en déclarant n’avoir perçu aucun revenu. En conséquence, vous touchez 100% de votre allocation chômage, comme si vous étiez toujours en recherche d’emploi. Cette situation peut durer jusqu’à l’épuisement de vos droits. C’est le montage qui vous permet de cumuler à 100% l’ARE.
Les avantages :
- Visibilité et stabilité : Vous connaissez le montant exact qui tombera sur votre compte personnel chaque mois. C’est extrêmement rassurant pour couvrir vos charges personnelles (loyer, crédits, etc.).
- Trésorerie personnelle sécurisée : Pas de pression pour sortir un salaire de l’entreprise dès les premiers mois. Vous pouvez réinvestir 100% des revenus de la SASU dans son développement.
- Maintien de la protection sociale : Vous continuez de valider des trimestres de retraite via France Travail.
Les inconvénients :
- Pas d’injection de cash dans l’entreprise : L’argent va sur votre compte personnel, pas sur celui de la société. Si vous avez besoin d’investir au départ, il faudra trouver d’autres financements.
- Dépendance administrative : Vous devez continuer à vous actualiser chaque mois et à justifier votre situation.
- Pression psychologique : L’entreprise ne finance pas votre train de vie, ce qui peut créer une déconnexion entre vos efforts et votre revenu.
Cas concret :
Vous êtes consultant freelance et vos droits s’élèvent à 2 000 € d’ARE par mois. En choisissant le maintien, vous vous assurez un “salaire indirect” de 24 000 € sur un an pour vivre. Pendant ce temps, chaque euro facturé par votre SASU peut être mis de côté pour constituer sa trésorerie, payer vos futurs impôts ou être réinvesti.
Option 2 : L’ARCE, l’injection de capital pour décoller
L’Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise (ARCE) est l’option de l’accélération. Vous décidez de “sacrifier” une partie de vos allocations pour obtenir un capital de départ significatif pour votre société.
Comment ça marche ?
Vous demandez à France Travail de vous verser une partie de vos droits sous forme de capital. Depuis le 1er juillet 2023, ce montant correspond à 60% du capital de vos droits à l’ARE restants. Le versement se fait en deux fois : une première moitié à la création de la SASU, et la seconde six mois plus tard, si l’activité existe toujours.
Les avantages :
- Cash immédiat pour l’entreprise : Cet argent peut être directement injecté dans le capital social ou en compte courant d’associé. C’est un levier puissant pour financer un investissement, du stock, ou une campagne marketing.
- Autonomie administrative : Une fois l’ARCE demandée, vous n’êtes plus inscrit comme demandeur d’emploi. Fini l’actualisation mensuelle.
- Crédibilité renforcée : Augmenter les fonds propres de votre SASU dès le départ est un signal positif pour les banques et les partenaires.
Les inconvénients :
- La “perte” de 40% : Vous renoncez à 40% du montant total de vos droits. C’est le coût de l’obtention du capital immédiat.
- Plus de revenu mensuel garanti : Une fois le capital versé, vous n’avez plus de filet de sécurité mensuel. La pression de générer du chiffre d’affaires est immédiate.
- Impact sur la protection sociale : Vous ne validez plus de trimestres de retraite via France Travail.
Cas concret :
Vous lancez un e-commerce. Vos droits restants s’élèvent à 30 000 €. L’ARCE vous permet d’obtenir 18 000 € (60% de 30 000 €). Avec cette somme, vous pouvez financer l’achat de votre premier stock (10 000 €), la création du site (3 000 €) et une campagne de lancement sur les réseaux sociaux (5 000 €). Votre activité démarre sur des bases solides.
Le verdict : quel scénario pour votre projet ?
Alors, comment arbitrer ? La décision dépend entièrement de la nature de votre projet.
Choisissez le maintien de l’ARE si :
- Votre activité demande peu ou pas d’investissement initial (consulting, développement web, rédaction, coaching…).
- Vous privilégiez la sécurité et la visibilité sur vos revenus personnels pour les 12 à 24 prochains mois.
- Votre business plan prévoit une montée en charge progressive et vous ne comptez pas vous rémunérer avant plusieurs mois.
- Vous voulez démarrer en douceur, en limitant la pression financière sur l’entreprise.
Choisissez l’ARCE si :
- Votre projet nécessite un investissement de départ conséquent (achat de matériel, aménagement d’un local, constitution d’un stock, R&D).
- Votre business plan prévoit une rentabilité rapide qui vous permettra de vous verser un salaire ou des dividendes assez vite.
- Vous souhaitez renforcer les fonds propres de votre SASU pour solliciter un prêt bancaire complémentaire.
- Vous êtes prêt à échanger une sécurité mensuelle contre un levier de croissance immédiat.
Simuler votre scénario et valider votre choix
Prendre un rendez-vousL’ACRE : le coup de pouce sur les cotisations pour bien démarrer
Souvent confondue avec les autres aides, l’ACRE (Aide aux Créateurs et Repreneurs d’Entreprise) est un dispositif complémentaire qui vient alléger vos charges sociales. C’est un coup de pouce non négligeable pour booster votre rentabilité la première année.
Qu’est-ce que l’ACRE ?
C’est une exonération partielle et dégressive de certaines cotisations sociales sur la rémunération que vous vous versez. Pour les créateurs d’entreprise bénéficiaires de l’ARE, son obtention est quasi-automatique lors de l’immatriculation de la SASU.
Comment ça fonctionne en SASU ?
Attention, c’est un point crucial : l’ACRE en SASU ne s’applique que sur la rémunération du dirigeant. Si vous optez pour le maintien de l’ARE et ne vous versez aucun salaire (0 € de rémunération), l’ACRE ne vous sert à rien dans l’immédiat. Son exonération s’appliquera sur une base de… zéro.
Elle devient donc stratégique dans deux cas :
- En complément de l’ARCE : Vous utilisez l’ARCE pour financer le démarrage. Si votre activité décolle vite, vous pouvez commencer à vous verser un petit salaire. L’ACRE viendra alors réduire significativement les charges sur cette première rémunération.
- En fin de droits ARE : Vous avez maintenu l’ARE pendant 12 mois. Vos droits sont épuisés. Vous décidez enfin de vous verser un salaire. L’ACRE (valable pour les 12 premiers mois d’activité) s’appliquera sur cette rémunération, vous offrant une transition en douceur.
Penser à l’ACRE, c’est déjà anticiper la fiscalité de la SASU et l’impact des charges sociales sur votre modèle économique.
La gestion au quotidien : piloter sa relation avec France Travail
La stratégie est choisie. Reste la partie moins fun mais essentielle : la paperasse. Pas de panique, une fois le système compris, piloter votre relation avec France Travail devient une simple routine. L’objectif est de justifier votre situation de manière claire et régulière pour anticiper tout problème.
L’actualisation mensuelle (pour l’ARE)
C’est votre nouveau rituel. Chaque fin de mois, vous devez vous connecter à votre espace personnel France Travail. Voici les points clés :
- Avez-vous travaillé ? Oui.
- Combien d’heures ? Déclarez un nombre cohérent avec une activité à temps plein (ex: 151 heures).
- Quel salaire avez-vous perçu ? 0 €.
- Êtes-vous toujours à la recherche d’un emploi ? C’est la case qui fait souvent hésiter. La réponse à cocher est OUI. D’un point de vue administratif, tant que votre entreprise ne vous verse pas un salaire suffisant pour vivre, vous êtes considéré comme en recherche d’une activité salariée stable. C’est ce qui maintient vos droits ouverts.
Vous vous demandez que déclarer à France Travail chaque mois ? La cohérence est la clé.
Le document clé : l’attestation de non-rémunération
Pour justifier le “0 €” de revenus, France Travail vous demandera un document officiel. Il s’agit généralement d’une attestation sur l’honneur de non-rémunération, signée en tant que président de votre SASU.
Certaines agences peuvent aussi demander un procès-verbal (PV) d’Assemblée Générale statuant sur l’absence de rémunération du président. Le plus simple est de contacter votre conseiller pour savoir quel document il préfère. Il est conseillé de rédiger l’attestation de non-rémunération dès la création de votre société et de l’envoyer une première fois, puis de la fournir à chaque demande de l’administration. Soyez proactif.
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Prendre un rendez-vousPour aller plus loin :
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Conclusion
Vous avez maintenant toutes les cartes en main. Le choix entre la sécurité mensuelle de l’ARE et le capital de départ de l’ARCE n’est plus une montagne de questions, mais une décision stratégique éclairée. Ce n’est pas qu’une question d’aide, c’est le premier acte de gestion de votre future entreprise, celui qui va financer votre décollage.
Une fois cette décision prise, le chemin s’éclaircit. La prochaine étape logique est de structurer votre rémunération de président pour l’avenir, une fois que les aides ne seront plus votre principale source de revenus. Et en parallèle, il faut bien sûr préparer vos statuts et votre capital pour donner vie à votre projet.
Vos ressources complémentaires sur ce sujet :
Hugues Husson de Sampigny, expert-comptable, pilote les activités réglementées de Keobiz depuis 2021. Avec plus de 20 ans d’expérience en finance, audit et gestion, il a occupé des postes stratégiques chez Companeo, Ernst & Young et PwC. Aujourd’hui, il accompagne l’expansion de Keobiz Finance, en mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle et la création de valeur durable.